Dans la suite des recherches menées par SCAU autour des liens entre soin et architecture et des travaux au CSI qui ont participé à l’émergence des maintenance and repair studies, le séminaire propose d’explorer les relations qui pourraient se (re)tisser entre maintenance et architecture.
Ce séminaire est une première étape dans le projet de recherche partenarial des deux institutions, qui inclue notamment la thèse de Melis Selin Kocyigit . Il réunit un public de chercheurs et de praticiens (architectes, exploitants, MOA, mainteneurs, experts). À chaque séance, un à deux intervenants sont invités à partager, à travers des situations concrètes et des cas d’usage, leurs pratiques, leurs préoccupations ou encore leur expertise en lien avec de l’acte de maintenir et de faire durer.
Au fil de ces récits, nous faisons le pari que l’on peut trouver dans les activités de maintenance, leurs préoccupations propres et les formes de connaissance qu’elles mobilisent et génèrent, des sources d’inspiration opérationnelles, théoriques, politiques pour repenser le métier d’architecte et le projet architectural.
Maintenance et architecture partagent en effet de nombreux matters of concern, pour reprendre le vocabulaire de Bruno Latour, au premier rang desquels le travail de composition avec la matière et ses fragilités, les relations entre le bâti et son milieu, ou encore l’inscription des formes dans la durée. Ces concernements, et bien d’autres, sont largement amplifiés et entremêlés par la crise environnementale. En faisant dialoguer architecture et maintenance, nous espérons pouvoir troubler les frontières qui empêchent le renouvellement nécessaire des manières de faire : celles qui séparent encore trop souvent la conception, la construction et l’entretien ; ou celles qui distinguent la conservation et la transformation. Celles aussi qui relèguent tout ce qui relève des usages à l’extérieur des domaines d’intervention professionnels. À l’heure où les appels à repenser la pratique de l’architecture à partir de l’existant et du déjà-là se font de plus en plus pressants, il s’agit plus généralement d’imaginer ce que composer avec ce qui est simplement encore là implique sur les plans éthiques, politiques, mais aussi techniques et organisationnels.
Créée en 1971, l’agence d’architecture SCAU compte près de 70 collaborateurs dont 5 associés (Guillaume Baraïbar, Maxime Barbier, Mathieu Cabannes, Luc Delamain, François Gillard) et 4 directeurs associés. Reconnue pour son savoir-faire dans la conception de grands équipements d’intérêt général et son activité de recherche développée en son sein depuis une dizaine d’années, l’agence se nourrit d’une vision du collectif tournée vers l’apport mutuel et l’enrichissement par la différence, à l’échelle de l’équipe comme auprès de ses partenaires ou au travers des espaces qu’elle conçoit.
L’agence intervient pour le compte de maîtres d’ouvrage publics et privés, dans le cadre de marchés de maîtrise d’œuvre classiques ou de montages en conception-réalisation ou en marché global de performance, notamment dans le domaine de la santé, de la justice, du sport et de l’enseignement supérieur. Les grands équipements hospitaliers, les établissements pénitentiaires et les grands stades font partie des domaines d’expertise reconnus de l’agence. Les projets privés portent sur des programmes tertiaires, marqués par un nombre croissant de restructurations, ainsi que des programmes hôteliers, commerciaux ou évènementiels sportifs.
L’agence s’est dotée depuis une dizaine d’années d’un pôle Recherche afin d’inscrire chaque projet dans un processus de recherche continu. Cette posture réflexive, activement portée par le collectif d’associés, permet une prise de distance avec la commande et les processus opérationnels.
La recherche apporte une profondeur de champ : elle recontextualise la pratique architecturale et apporte un éclairage à sa contribution dans une vision prospective et rétrospective, en même temps qu’elle ouvre des espaces de dialogue avec les partenaires et parties prenantes des projets, au travers des publications, expositions, séminaires ou de projets de recherche-action.
Fondé en 1967, le CSI est devenu dans les années 1980 l’un des sites phares des Science & Technology Studies (STS) sur le plan international grâce aux travaux de Madeleine Akrich, Michel Callon et Bruno Latour qui ont initié une manière d’étudier l’activité scientifique et l’innovation centrée sur le travail matériel de production de la réalité et des connaissances, et façonné des concepts centraux en STS tels que traduction, réseau socio-technique ou encore médiation.
Initialement spécialisé dans l’anthropologie des sciences et des techniques, l’étude des politiques de recherche et d’innovation et l’analyse de la construction des marchés, le centre a progressivement renouvelé ses centres d’intérêt autour de différents domaines tels que l’environnement, la santé, l’expertise économique, la régulation…
Les activités de recherche du CSI se structurent aujourd’hui autour de quatre thèmes principaux : l’expérimentation comme modalité d’action collective, la place des marchés en société et les différentes formes de valuation, les politiques des savoirs dans un monde en crise, et les modalités d’inscription de l’action collective dans la durée.
Jérôme Denis est professeur de sociologie, directeur du Centre de sociologie de l’innovation à Mines Paris – PSL. Ses travaux de recherche portent sur la production, la circulation et l’entretien des données, et sur les activités de maintenance, notamment dans la gestion des infrastructures urbaines et en architecture.
Il participe depuis plusieurs années à l’animation d’une communauté scientifique internationale et multidisciplinaire autour des études de la maintenance et de la réparation. Avec David Pontille, il a publié Le soin des choses. Politiques de la maintenance (La Découverte, 2022, prix du livre de l’Académie d’architecture, publié en anglais par Polity en 2025). Et tous deux ont récemment coordonné avec Fernando Domìnguez Rubio l’ouvrage collectif Fragilites. Essays on the Politics, Ethics and Aesthetics of Maintenance and Repair (MIT Press, 2025).
Ce séminaire est pensé comme un espace d’échanges ouvert, où les préoccupations et les expertises de la maintenance, sont exposées, discutées et mises en lien avec celles d’une architecture en profonde mutation. À rebours des formats académiques traditionnels, il donne la parole à des personnes issues de mondes variés (maîtrise d’œuvre, maîtrise d’ouvrage, exploitation, construction, pratique architecturale, assurance, ingénierie, recherche, enseignement…) et privilégie la circulation des récits à partir desquels s’élabore une réflexion collective au fil des séances.
Cette méthode permet de souligner les singularités des préoccupations des uns et des autres, mais aussi d’identifier les enjeux transversaux et les rapprochements entre mondes professionnels jusqu’ici peu enclins au partage des expériences. Elle donnera lieu à différentes formes de restitution publique (publications, exposition, ouvrages…), dont ce site web est une première expression.
À partir des ces récits et de leur mise en relation, ce séminaire a aussi pour objectif pratique de rassembler et de fédérer un réseau de personnes, d’organisations et d’institutions qui sont toutes susceptibles de devenir les « parties prenantes » d’une architecture informée et partiellement réagencée autour des grandes questions que soulèvent la maintenance, au-delà des seuls défis de la conception et de la construction.