SCAU architecture

CSI Mines Paris

SÉMINAIRE

Séance #
7

Construire et maintenir à l’ère bioclimatique – retour d’expérience

14 novembre 2025

Construire et maintenir à l’ère bioclimatique – retour d’expérience

14 novembre 2025

Entre innovations constructives et réinterprétation de savoir-faire vernaculaires, la conception bioclimatique et l’emploi de matériaux bio ou géosourcés participent à un profond renouvellement des pratiques architecturales, tentant de desserrer l’étau d’un cadre réglementaire contraignant et des logiques de production industrielles. Frugale, low-tech, durable, passive, éco-responsable, la pluralité des termes reflète autant la diversité des approches que leur dimension expérimentale. Chacune dessine à sa manière des lignes de fuites pour renverser la perspective et repenser les manières de faire dans un monde fini.
Pour cette 7e séance, le séminaire donne la parole à un maître d’ouvrage public, la Ville de Paris, pour saisir les déplacements qu’opèrent ces modes de conception du point de vue de l’exploitant en charge de maintenir au quotidien des ouvrages dont la durabilité se mesure à l’aune des limites planétaires autant qu’à celle des conditions matérielles de leur pérennisation.
Entre attention aux matériaux, prise en considérant des conditions d’usage et ajustements des équipements, comment les activités de maintenance se redéploient dans une architecture qui cherche à ménager l’environnement autant que les humains ? Comment prendre en compte les formes d’expertises des mainteneurs et des mainteneuses alors même qu’elles échappent largement aux processus normatifs et créatifs qui jalonnent la conception ? Une séance charnière pour interroger les différentes manières de faire durer et explorer les liens entre architecture et maintenance au prisme de la relation entre le bâti et son milieu.

Nolwenn Bordron

© Tatiana KIRILIUK

Nolwenn Bordron

Nolwenn Bordron est une architecte HMONP engagée pour la valorisation du patrimoine public. Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne en 2015 et habilitée à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre en 2016, elle a acquis une expertise dans la gestion d’opérations complexes, en particulier dans le secteur public. Après avoir travaillé pendant 4 ans dans des agences d’architecture, elle décide de travailler à la Ville de Paris. Ainsi, en 2019, elle a occupé le poste de cheffe de secteur études et travaux à la Section Locale d’Architecture du 20ème. Elle a piloté la première construction en pisé porteur pour la Ville de Paris ainsi que la rénovation et la réhabilitation d’ERP, notamment la Mairie d’arrondissement et des établissements scolaires. Depuis 2024, elle exerce en tant que conductrice d’opérations au secteur culture du Service de l’Architecture et de la Maitrise d’Ouvrage, où elle supervise des projets d’envergure comme la livraison d’une nouvelle médiathèque et la création d’un pôle culturel.

Daniel Monello

© Tatiana KIRILIUK

Daniel Monello

Ville de Paris, SAMO – DCPA

Alain Seven

© Tatiana KIRILIUK

Alain Seven

Ville de Paris, Chef Service ERP

Pauline Lefebvre 

© Tatiana KIRILIUK

Pauline Lefebvre 

Pauline Lefebvre est Chercheuse Qualifiée FNRS à la Faculté d’architecture de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Ses recherches actuelles portent sur les engagements sociaux, politiques et environnementaux des architectes liés à l’attention accrue qu’ils portent aux matériaux de construction. Plus largement, elle étudie certaines transformations à l’œuvre dans les cultures constructives contemporaines à l’aune de leur écologisation. Outre des articles et chapitres d’ouvrage, elle est l’autrice d’une monographie sur BC architects & studies (VAI Press, 2018) et co-autrice, au sein du collectif Æ, du recueil de nouvelles d’anticipation Dans leurs pas (Cambourakis, 2024). Elle a également co-dirigé l’ouvrage Penser-Faire. Quand des architectes se mêlent de construction (Editions de l’Université de Bruxelles, 2021). En 2022, elle a co-conçu l’exposition « What’s Already There, Sustainable Architecture from Brussels » montrée au National Building Museum à Washington DC. Depuis 2021, elle est membre du comité éditorial de la revue Clara.

14 novembre 2025

De

10:00

à

13:00
Ecole des Mines
Modalités d'inscription

Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées

Entre innovations constructives et réinterprétation de savoir-faire vernaculaires, la conception bioclimatique et l’emploi de matériaux bio ou géosourcés participent à un profond renouvellement des pratiques architecturales, tentant de desserrer l’étau d’un cadre réglementaire contraignant et des logiques de production industrielles. Frugale, low-tech, durable, passive, éco-responsable, la pluralité des termes reflète autant la diversité des approches que leur dimension expérimentale. Chacune dessine à sa manière des lignes de fuites pour renverser la perspective et repenser les manières de faire dans un monde fini.
Pour cette 7e séance, le séminaire donne la parole à un maître d’ouvrage public, la Ville de Paris, pour saisir les déplacements qu’opèrent ces modes de conception du point de vue de l’exploitant en charge de maintenir au quotidien des ouvrages dont la durabilité se mesure à l’aune des limites planétaires autant qu’à celle des conditions matérielles de leur pérennisation.
Entre attention aux matériaux, prise en considérant des conditions d’usage et ajustements des équipements, comment les activités de maintenance se redéploient dans une architecture qui cherche à ménager l’environnement autant que les humains ? Comment prendre en compte les formes d’expertises des mainteneurs et des mainteneuses alors même qu’elles échappent largement aux processus normatifs et créatifs qui jalonnent la conception ? Une séance charnière pour interroger les différentes manières de faire durer et explorer les liens entre architecture et maintenance au prisme de la relation entre le bâti et son milieu.

Nolwenn Bordron

© Tatiana KIRILIUK

Nolwenn Bordron

Nolwenn Bordron est une architecte HMONP engagée pour la valorisation du patrimoine public. Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne en 2015 et habilitée à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre en 2016, elle a acquis une expertise dans la gestion d’opérations complexes, en particulier dans le secteur public. Après avoir travaillé pendant 4 ans dans des agences d’architecture, elle décide de travailler à la Ville de Paris. Ainsi, en 2019, elle a occupé le poste de cheffe de secteur études et travaux à la Section Locale d’Architecture du 20ème. Elle a piloté la première construction en pisé porteur pour la Ville de Paris ainsi que la rénovation et la réhabilitation d’ERP, notamment la Mairie d’arrondissement et des établissements scolaires. Depuis 2024, elle exerce en tant que conductrice d’opérations au secteur culture du Service de l’Architecture et de la Maitrise d’Ouvrage, où elle supervise des projets d’envergure comme la livraison d’une nouvelle médiathèque et la création d’un pôle culturel.

Daniel Monello

© Tatiana KIRILIUK

Daniel Monello

Ville de Paris, SAMO – DCPA

Alain Seven

© Tatiana KIRILIUK

Alain Seven

Ville de Paris, Chef Service ERP

Pauline Lefebvre 

© Tatiana KIRILIUK

Pauline Lefebvre 

Pauline Lefebvre est Chercheuse Qualifiée FNRS à la Faculté d’architecture de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Ses recherches actuelles portent sur les engagements sociaux, politiques et environnementaux des architectes liés à l’attention accrue qu’ils portent aux matériaux de construction. Plus largement, elle étudie certaines transformations à l’œuvre dans les cultures constructives contemporaines à l’aune de leur écologisation. Outre des articles et chapitres d’ouvrage, elle est l’autrice d’une monographie sur BC architects & studies (VAI Press, 2018) et co-autrice, au sein du collectif Æ, du recueil de nouvelles d’anticipation Dans leurs pas (Cambourakis, 2024). Elle a également co-dirigé l’ouvrage Penser-Faire. Quand des architectes se mêlent de construction (Editions de l’Université de Bruxelles, 2021). En 2022, elle a co-conçu l’exposition « What’s Already There, Sustainable Architecture from Brussels » montrée au National Building Museum à Washington DC. Depuis 2021, elle est membre du comité éditorial de la revue Clara.

L’architecture bioclimatique, nouvelle figure de proue de l’architecture durable, vient renouveler en profondeur les pratiques architecturales et les modes constructifs. Une nouvelle manière de faire qui s’impose aujourd’hui de manière prescriptive dans certains documents d’urbanisme comme dans le PLU de Paris et qui occupe une place grandissante dans les systèmes d’évaluation de la production architecturale (prix, palmarès) à l’appui de projets démonstrateurs. Une approche guidée par la recherche d’une forme de durabilité qui reprend son sens premier pour porter sur la manière dont la production bâtie dure, sur ce qui peut être mis en place pour qu’elle ne touche pas trop tôt à sa fin. (Lefebvre, Maintenance et déprojection).

Cette séance propose de partir d’un cas d’étude emblématique, la médiathèque James Baldwin (Paris 19e) conçue par l’Atelier Philippe Madec  (Agence Associer) en donnant la parole au maître d’ouvrage, la Ville de Paris, pour interroger, sous le prisme de la maintenance et du retour d’expérience, cette recherche de durabilité. Il s’agit de comprendre comment ces choix de conception viennent modifier la relation entre architecture et maintenance et opérer un déplacement dans la relation qui se noue entre un ouvrage et ses utilisateurs dans une acception étendue qui va des usagers aux personnes en charge de l’exploitation et de l’entretien, en passant par le personnel.

Comment circulent et se transmettent les connaissances

Le parc des équipements publics parisiens constitue un cas d’étude particulièrement éclairant, tant par son ampleur (approximativement 17 % du foncier bâti parisien appartient à la Ville de Paris) que par sa fragmentation et sa grande diversité programmatique, porteur d’une forte valeur sociale en tant qu’équipements de proximité, mais soumis à des contraintes particulièrement élevées en matière de sécurité, de fiabilité et de continuité de service.

La particularité de la Ville de Paris est d’avoir intégré la quasi-totalité de la maintenance des équipements techniques et du bâti dans une régie interne.

« La ville a fait un choix assez fort, d’avoir une régie pour la maintenance de toutes ces installations techniques »

C’est dans la Direction des Constructions Publiques et de l’Architecture (DCPA) que sont regroupées  la maîtrise d’ouvrage, l’exploitation et les équipes de maintenance. Elle comprend 1500 personnes, dont 700 ouvriers, répartis dans 13 ateliers et un grand nombre de corps de métier.

Depuis quelques années, la Ville de Paris a mis en place un dispositif original, le « socle des invariants », qui vise à articuler les demandes récurrentes des opérateurs en termes de maintenabilité aux  phases de conception et de construction, dans une perspective de long terme. Ce dispositif s’appuie sur les savoirs spécialisés des agents au plus près du terrain pour identifier des liens de causalité entre les choix de conception, les dysfonctionnements observés et leurs conséquences opérationnelles.

Le socle des invariants : une mémoire dans le temps de la maintenance

Le socle des invariants constitue un outil central de la politique de maintenance de la Ville de Paris. Issu des retours d’expérience des ateliers, ce document de 80 pages rassemble un corpus de prescriptions techniques internes de mise en œuvre et de détail, transmis aux équipes de maîtrise d’œuvre.

« C’est un document qu’on a établi il y a plus de 15 ans, qui fait le bilan des difficultés qu’on peut rencontrer dans nos établissements et des mesures qui doivent être intégrées dès la conception pour limiter nos interventions et surtout nous permettre d’intervenir rapidement »

Il fonctionne comme une mémoire technique collective, accumulée au fil des incidents, des pannes et des accidents évités ou subis. Les chauffe-eau qui se décrochent en constituent un exemple emblématique : « parce que là, on a un problème de sécurité évident quand ça tombe, et en plus, ça perturbe le fonctionnement de l’établissement ». Leur installation en hauteur est dès lors invariablement proscrite, au sens plein du terme, venant inscrire l’expérience du terrain dans le registre même de l’invariant.

« Le socle des invariants, pour nous c’est vraiment quelque chose qui est essentiel et qui est notre espèce de mémoire dans le temps »

L’objectif du socle étant de faire remonter l’expérience de l’exploitation au plus près de la conception, il implique, dans l’idéal, que le service de maintenance soit associé tout au long de l’étude de maîtrise d’œuvre pour la validation des phases du projet.

Ce rôle prescriptif soulève toutefois des limites et des tensions. Il pose notamment la question du degré de prescription compatible avec des cadres de contraintes déjà complexes, et de la place à accorder à la variation, à l’adaptation et à l’inconnu, sans rompre le lien entre conception et maintenabilité.

La médiathèque James Baldwin s’inscrit dans cette tension. Pensée comme un bâtiment démonstrateur, elle porte l’ambition de la Ville de Paris de répondre aux enjeux climatiques, en particulier la réduction des émissions liées à la construction et à l’exploitation. Le projet y répond de manière expérimentale, en faisant de la frugalité le principe structurant de sa conception, tout en soulevant des enjeux de maintenance inédits.

Faire du bâtiment sa propre matière première

Cette frugalité s’exprime d’abord à l’échelle du bâtiment lui-même, conçu comme une ressource à activer plutôt qu’un support à transformer. Cette logique se traduit notamment par l’absence volontaire de faux plafonds. Ce choix, loin de relever uniquement d’une posture esthétique, permet de rendre la matière du bâtiment visible, accessible et lisible. En laissant apparaître les réseaux et les structures, l’architecture facilite l’intervention ultérieure des équipes techniques et inscrit la maintenance dans la continuité du projet architectural, plutôt que comme une activité subalterne ou corrective.

La fragilité matérielle du géosourcé

La terre crue répond à des objectifs d’inertie thermique et de réduction des émissions carbone, tout en introduisant des matières peu standardisées dans un équipement recevant du public. Ici, la fragilité n’est pas un accident à éviter, mais une condition acceptée du projet.

En matière de maintenance, les parois en terre crue sont réparables simplement, à l’aide du même mélange de terre et d’eau fourni par l’entreprise. Si les ateliers municipaux ne sont pas encore formés à ce type d’intervention, le retour d’expérience est néanmoins révélateur : après un an et demi d’utilisation, les murs en terre crue n’ont pas été dégradés, malgré l’intensité des usages.

« Grâce à une sensibilisation des usagers, c’est vraiment un support pédagogique et aujourd’hui, ces murs vivent vraiment très bien. Donc nos ateliers, pour l’instant, ont été épargnés »

Si cette appropriation limite, pour l’instant, les interventions des équipes de maintenance, elle laisse néanmoins ouverte la question des modalités d’entretien à plus long terme, encore peu éprouvées.

Cette attention portée à la matérialité engage une autre relation au bâti « Son architecture, c’est aussi l’architecture des sens, ça se touche. » Le respect observé par les usagers en est un indicateur tangible.

La ventilation naturelle après l’ère de la maîtrise totale

Ce projet s’inscrit dans une longue lignée de réalisations qui revendiquent un retour à la ventilation naturelle. Il témoigne d’un changement de paradigme : plutôt que de privilégier la constance et le contrôle absolu des ambiances intérieures, l’architecture tend désormais à valoriser les processus naturels et l’acceptation des variations ambiantes.

« Alors pourquoi la ventilation naturelle? Précisément pour réaliser ces économies d’énergie »

En refusant de multiplier les moteurs de centrales de traitement d’air (CTA) au profit de flux naturels, les concepteurs acceptent une certaine forme de « fragilité » technique, transformant le bâtiment en un laboratoire vivant.

« On va tester des choses, on fera un retour d’expérience pour voir ce qui marche […] c’est moins d’équipements techniques, mais par contre, c’est beaucoup plus d’implication des usagers »

Régimes de délégation du climat intérieur

Néanmoins, le recours au bioclimatisme s’inscrit dans un basculement culturel encore fragile, qui suppose d’accepter les variations de température et d’humidité, de renoncer à la maîtrise d’un environnement parfaitement stabilisé, et pose une question centrale : celle de l’activation des personnes versus ce que l’on appelle l’architecture passive. Délègue-t-on le fonctionnement climatique aux dispositifs techniques, ou le prend-on en charge collectivement ?

Le projet adopte une position intermédiaire. Deux modes de gestion de l’air coexistent au sein du bâtiment : dans les espaces de travail des agents, la régulation dépend directement des pratiques des occupants, à travers des dispositifs manuels associés à des sondes visuelles ; dans les espaces accueillant le public, la qualité de l’air est pilotée par une Gestion Technique du Bâtiment (GTB), qui coordonne automatiquement différents équipements techniques tels que la ventilation, l’éclairage ou le contrôle d’accès.

Former, sensibiliser, transmettre : soigner son propre atmosphère

Le fonctionnement bioclimatique de l’espace de travail des agents repose sur une articulation fine entre dispositifs techniques et gestes humains.

Ce fonctionnement suppose une activation continue des usagers et des équipes, condition indispensable au bon comportement climatique du bâtiment. Une véritable pédagogie a donc été mise en place afin de rendre lisibles les principes de fonctionnement et de donner prise à l’action. Des visites bâtimentaires ont permis d’expliquer « l’ensemble des équipements techniques, à quoi ça servait, pourquoi il fallait le faire ».

La logique est simple et explicitement formulée : la ventilation naturelle ne fonctionne que si les usagers s’y engagent. « Quand la sonde CO₂ s’allume en rouge, il faut aussi que les utilisateurs comprennent qu’il faut ouvrir la fenêtre. » Il s’agit ainsi de produire des réflexes, une attention quotidienne aux signaux du bâtiment, et d’inscrire la maintenance dans une culture partagée du fonctionnement de l’ouvrage. Comme le résume la maîtrise d’ouvrage, « en donnant du sens aux équipes, ils ont compris que c’était dans leur intérêt de s’impliquer et de le faire ».

Libéré du mécanique, soumis au numérique : les ambivalences du pilotage de l’air

Si la ventilation naturelle vise avant tout la sobriété énergétique, elle ne peut être reconnue et acceptée institutionnellement qu’à condition d’être rendue mesurable et pilotable. Cette exigence réglementaire explique le recours, dans les espaces ouverts au public, à des sondes et à la GTB, qui encadrent et automatisent la gestion de la qualité de l’air intérieur.

Traditionnellement, ce type de dispositifs est associé à des CTA, or, dans le cas de la médiathèque James Baldwin, cette logique de contrôle se recompose malgré le choix bioclimatique : la ventilation naturelle demeure encadrée par une couche numérique dense, qui reproduit une forme de délégation du contrôle à la machine. Comme l’analyse Eugénie Floret dans Calfeutrer, contrôler, canaliser :

« autour de l’air se construisent des bâtiments intelligents irrigués de dispositifs autorégulés qui tendent à déposséder les occupants de la gestion de leur environnement intérieur » jusqu’à « prendre l’habitude de respirer sans mesurer qu’une machine prépare cet air qui lui est si précieux »

Cette dépossession se traduit très concrètement dans l’expérience des équipes en charge de l’exploitation. La GTB, censée optimiser les consommations et garantir la qualité de l’air, impose en réalité une couche technique qui n’est pas facile à maîtriser au quotidien, en particulier parce qu’elle nécessite elle-même une forme de maintenance et des ajustements qui ne sont pas du ressort des équipes en régie. « Aujourd’hui, on n’a pas de marché de maintenance propre pour maintenir la GTB, c’est-à-dire le programme qui nous permet de modifier ses paramètres. » Dès lors, « si je veux modifier le paramètre de l’ouverture des registres de ventilation, il faut que je fasse appel à une entreprise extérieure ».

Cette dépendance au pilotage numérique affecte jusqu’aux usages les plus élémentaires du bâtiment : « Éteindre la lumière pour la séance de cinéma des jeunes, c’était difficile à faire à cause de la GTB qui contrôle tous les aspects du bâtiment. »

La Ville de Paris se retrouve ainsi à négocier ses volontés d’expérimentation et de maintenabilité avec des exigences réglementaires et des critères de performance encore largement fondés sur la mesurabilité et le pilotage. Le choix d’une architecture low-tech, fondée sur la ventilation naturelle, l’ouverture manuelle et des dispositifs frugaux, se trouve alors paradoxalement encadré par un système high-tech, devenu indispensable à sa régulation.

Une partie des problématiques de maintenance se déplace ainsi du champ mécanique vers le champ numérique, posant de nouvelles questions d’accessibilité, de fragilité et de dépendance, qui restent largement à explorer.

Bibliographie

Aller plus loin

SÉANCE #7
Podcast / video
Conférence L’architecture durable s’use-t-elle ?
Institut de recherche de Louvain pour le territoire, l’architecture, l’environnement construit
14 novembre 2025

De

10:00

à

13:00
Ecole des Mines
Introduction

Entre innovations constructives et réinterprétation de savoir-faire vernaculaires, la conception bioclimatique et l’emploi de matériaux bio ou géosourcés participent à un profond renouvellement des pratiques architecturales, tentant de desserrer l’étau d’un cadre réglementaire contraignant et des logiques de production industrielles. Frugale, low-tech, durable, passive, éco-responsable, la pluralité des termes reflète autant la diversité des approches que leur dimension expérimentale. Chacune dessine à sa manière des lignes de fuites pour renverser la perspective et repenser les manières de faire dans un monde fini.
Pour cette 7e séance, le séminaire donne la parole à un maître d’ouvrage public, la Ville de Paris, pour saisir les déplacements qu’opèrent ces modes de conception du point de vue de l’exploitant en charge de maintenir au quotidien des ouvrages dont la durabilité se mesure à l’aune des limites planétaires autant qu’à celle des conditions matérielles de leur pérennisation.
Entre attention aux matériaux, prise en considérant des conditions d’usage et ajustements des équipements, comment les activités de maintenance se redéploient dans une architecture qui cherche à ménager l’environnement autant que les humains ? Comment prendre en compte les formes d’expertises des mainteneurs et des mainteneuses alors même qu’elles échappent largement aux processus normatifs et créatifs qui jalonnent la conception ? Une séance charnière pour interroger les différentes manières de faire durer et explorer les liens entre architecture et maintenance au prisme de la relation entre le bâti et son milieu.

Intervenant·es
Nolwenn Bordron

© Tatiana KIRILIUK

Nolwenn Bordron

Nolwenn Bordron est une architecte HMONP engagée pour la valorisation du patrimoine public. Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne en 2015 et habilitée à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre en 2016, elle a acquis une expertise dans la gestion d’opérations complexes, en particulier dans le secteur public. Après avoir travaillé pendant 4 ans dans des agences d’architecture, elle décide de travailler à la Ville de Paris. Ainsi, en 2019, elle a occupé le poste de cheffe de secteur études et travaux à la Section Locale d’Architecture du 20ème. Elle a piloté la première construction en pisé porteur pour la Ville de Paris ainsi que la rénovation et la réhabilitation d’ERP, notamment la Mairie d’arrondissement et des établissements scolaires. Depuis 2024, elle exerce en tant que conductrice d’opérations au secteur culture du Service de l’Architecture et de la Maitrise d’Ouvrage, où elle supervise des projets d’envergure comme la livraison d’une nouvelle médiathèque et la création d’un pôle culturel.

Daniel Monello

© Tatiana KIRILIUK

Daniel Monello

Ville de Paris, SAMO – DCPA

Alain Seven

© Tatiana KIRILIUK

Alain Seven

Ville de Paris, Chef Service ERP

Pauline Lefebvre 

© Tatiana KIRILIUK

Pauline Lefebvre 

Pauline Lefebvre est Chercheuse Qualifiée FNRS à la Faculté d’architecture de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Ses recherches actuelles portent sur les engagements sociaux, politiques et environnementaux des architectes liés à l’attention accrue qu’ils portent aux matériaux de construction. Plus largement, elle étudie certaines transformations à l’œuvre dans les cultures constructives contemporaines à l’aune de leur écologisation. Outre des articles et chapitres d’ouvrage, elle est l’autrice d’une monographie sur BC architects & studies (VAI Press, 2018) et co-autrice, au sein du collectif Æ, du recueil de nouvelles d’anticipation Dans leurs pas (Cambourakis, 2024). Elle a également co-dirigé l’ouvrage Penser-Faire. Quand des architectes se mêlent de construction (Editions de l’Université de Bruxelles, 2021). En 2022, elle a co-conçu l’exposition « What’s Already There, Sustainable Architecture from Brussels » montrée au National Building Museum à Washington DC. Depuis 2021, elle est membre du comité éditorial de la revue Clara.

Infos pratiques
14 novembre 2025

De

10:00

à

13:00
Ecole des Mines
Modalités d'inscription

Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées

Introduction

Entre innovations constructives et réinterprétation de savoir-faire vernaculaires, la conception bioclimatique et l’emploi de matériaux bio ou géosourcés participent à un profond renouvellement des pratiques architecturales, tentant de desserrer l’étau d’un cadre réglementaire contraignant et des logiques de production industrielles. Frugale, low-tech, durable, passive, éco-responsable, la pluralité des termes reflète autant la diversité des approches que leur dimension expérimentale. Chacune dessine à sa manière des lignes de fuites pour renverser la perspective et repenser les manières de faire dans un monde fini.
Pour cette 7e séance, le séminaire donne la parole à un maître d’ouvrage public, la Ville de Paris, pour saisir les déplacements qu’opèrent ces modes de conception du point de vue de l’exploitant en charge de maintenir au quotidien des ouvrages dont la durabilité se mesure à l’aune des limites planétaires autant qu’à celle des conditions matérielles de leur pérennisation.
Entre attention aux matériaux, prise en considérant des conditions d’usage et ajustements des équipements, comment les activités de maintenance se redéploient dans une architecture qui cherche à ménager l’environnement autant que les humains ? Comment prendre en compte les formes d’expertises des mainteneurs et des mainteneuses alors même qu’elles échappent largement aux processus normatifs et créatifs qui jalonnent la conception ? Une séance charnière pour interroger les différentes manières de faire durer et explorer les liens entre architecture et maintenance au prisme de la relation entre le bâti et son milieu.

Intervenant·es
Nolwenn Bordron

© Tatiana KIRILIUK

Nolwenn Bordron

Nolwenn Bordron est une architecte HMONP engagée pour la valorisation du patrimoine public. Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne en 2015 et habilitée à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre en 2016, elle a acquis une expertise dans la gestion d’opérations complexes, en particulier dans le secteur public. Après avoir travaillé pendant 4 ans dans des agences d’architecture, elle décide de travailler à la Ville de Paris. Ainsi, en 2019, elle a occupé le poste de cheffe de secteur études et travaux à la Section Locale d’Architecture du 20ème. Elle a piloté la première construction en pisé porteur pour la Ville de Paris ainsi que la rénovation et la réhabilitation d’ERP, notamment la Mairie d’arrondissement et des établissements scolaires. Depuis 2024, elle exerce en tant que conductrice d’opérations au secteur culture du Service de l’Architecture et de la Maitrise d’Ouvrage, où elle supervise des projets d’envergure comme la livraison d’une nouvelle médiathèque et la création d’un pôle culturel.

Daniel Monello

© Tatiana KIRILIUK

Daniel Monello

Ville de Paris, SAMO – DCPA

Alain Seven

© Tatiana KIRILIUK

Alain Seven

Ville de Paris, Chef Service ERP

Pauline Lefebvre 

© Tatiana KIRILIUK

Pauline Lefebvre 

Pauline Lefebvre est Chercheuse Qualifiée FNRS à la Faculté d’architecture de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Ses recherches actuelles portent sur les engagements sociaux, politiques et environnementaux des architectes liés à l’attention accrue qu’ils portent aux matériaux de construction. Plus largement, elle étudie certaines transformations à l’œuvre dans les cultures constructives contemporaines à l’aune de leur écologisation. Outre des articles et chapitres d’ouvrage, elle est l’autrice d’une monographie sur BC architects & studies (VAI Press, 2018) et co-autrice, au sein du collectif Æ, du recueil de nouvelles d’anticipation Dans leurs pas (Cambourakis, 2024). Elle a également co-dirigé l’ouvrage Penser-Faire. Quand des architectes se mêlent de construction (Editions de l’Université de Bruxelles, 2021). En 2022, elle a co-conçu l’exposition « What’s Already There, Sustainable Architecture from Brussels » montrée au National Building Museum à Washington DC. Depuis 2021, elle est membre du comité éditorial de la revue Clara.

Synthèse

L’architecture bioclimatique, nouvelle figure de proue de l’architecture durable, vient renouveler en profondeur les pratiques architecturales et les modes constructifs. Une nouvelle manière de faire qui s’impose aujourd’hui de manière prescriptive dans certains documents d’urbanisme comme dans le PLU de Paris et qui occupe une place grandissante dans les systèmes d’évaluation de la production architecturale (prix, palmarès) à l’appui de projets démonstrateurs. Une approche guidée par la recherche d’une forme de durabilité qui reprend son sens premier pour porter sur la manière dont la production bâtie dure, sur ce qui peut être mis en place pour qu’elle ne touche pas trop tôt à sa fin. (Lefebvre, Maintenance et déprojection).

Cette séance propose de partir d’un cas d’étude emblématique, la médiathèque James Baldwin (Paris 19e) conçue par l’Atelier Philippe Madec  (Agence Associer) en donnant la parole au maître d’ouvrage, la Ville de Paris, pour interroger, sous le prisme de la maintenance et du retour d’expérience, cette recherche de durabilité. Il s’agit de comprendre comment ces choix de conception viennent modifier la relation entre architecture et maintenance et opérer un déplacement dans la relation qui se noue entre un ouvrage et ses utilisateurs dans une acception étendue qui va des usagers aux personnes en charge de l’exploitation et de l’entretien, en passant par le personnel.

Comment circulent et se transmettent les connaissances

Le parc des équipements publics parisiens constitue un cas d’étude particulièrement éclairant, tant par son ampleur (approximativement 17 % du foncier bâti parisien appartient à la Ville de Paris) que par sa fragmentation et sa grande diversité programmatique, porteur d’une forte valeur sociale en tant qu’équipements de proximité, mais soumis à des contraintes particulièrement élevées en matière de sécurité, de fiabilité et de continuité de service.

La particularité de la Ville de Paris est d’avoir intégré la quasi-totalité de la maintenance des équipements techniques et du bâti dans une régie interne.

« La ville a fait un choix assez fort, d’avoir une régie pour la maintenance de toutes ces installations techniques »

C’est dans la Direction des Constructions Publiques et de l’Architecture (DCPA) que sont regroupées  la maîtrise d’ouvrage, l’exploitation et les équipes de maintenance. Elle comprend 1500 personnes, dont 700 ouvriers, répartis dans 13 ateliers et un grand nombre de corps de métier.

Depuis quelques années, la Ville de Paris a mis en place un dispositif original, le « socle des invariants », qui vise à articuler les demandes récurrentes des opérateurs en termes de maintenabilité aux  phases de conception et de construction, dans une perspective de long terme. Ce dispositif s’appuie sur les savoirs spécialisés des agents au plus près du terrain pour identifier des liens de causalité entre les choix de conception, les dysfonctionnements observés et leurs conséquences opérationnelles.

Le socle des invariants : une mémoire dans le temps de la maintenance

Le socle des invariants constitue un outil central de la politique de maintenance de la Ville de Paris. Issu des retours d’expérience des ateliers, ce document de 80 pages rassemble un corpus de prescriptions techniques internes de mise en œuvre et de détail, transmis aux équipes de maîtrise d’œuvre.

« C’est un document qu’on a établi il y a plus de 15 ans, qui fait le bilan des difficultés qu’on peut rencontrer dans nos établissements et des mesures qui doivent être intégrées dès la conception pour limiter nos interventions et surtout nous permettre d’intervenir rapidement »

Il fonctionne comme une mémoire technique collective, accumulée au fil des incidents, des pannes et des accidents évités ou subis. Les chauffe-eau qui se décrochent en constituent un exemple emblématique : « parce que là, on a un problème de sécurité évident quand ça tombe, et en plus, ça perturbe le fonctionnement de l’établissement ». Leur installation en hauteur est dès lors invariablement proscrite, au sens plein du terme, venant inscrire l’expérience du terrain dans le registre même de l’invariant.

« Le socle des invariants, pour nous c’est vraiment quelque chose qui est essentiel et qui est notre espèce de mémoire dans le temps »

L’objectif du socle étant de faire remonter l’expérience de l’exploitation au plus près de la conception, il implique, dans l’idéal, que le service de maintenance soit associé tout au long de l’étude de maîtrise d’œuvre pour la validation des phases du projet.

Ce rôle prescriptif soulève toutefois des limites et des tensions. Il pose notamment la question du degré de prescription compatible avec des cadres de contraintes déjà complexes, et de la place à accorder à la variation, à l’adaptation et à l’inconnu, sans rompre le lien entre conception et maintenabilité.

La médiathèque James Baldwin s’inscrit dans cette tension. Pensée comme un bâtiment démonstrateur, elle porte l’ambition de la Ville de Paris de répondre aux enjeux climatiques, en particulier la réduction des émissions liées à la construction et à l’exploitation. Le projet y répond de manière expérimentale, en faisant de la frugalité le principe structurant de sa conception, tout en soulevant des enjeux de maintenance inédits.

Faire du bâtiment sa propre matière première

Cette frugalité s’exprime d’abord à l’échelle du bâtiment lui-même, conçu comme une ressource à activer plutôt qu’un support à transformer. Cette logique se traduit notamment par l’absence volontaire de faux plafonds. Ce choix, loin de relever uniquement d’une posture esthétique, permet de rendre la matière du bâtiment visible, accessible et lisible. En laissant apparaître les réseaux et les structures, l’architecture facilite l’intervention ultérieure des équipes techniques et inscrit la maintenance dans la continuité du projet architectural, plutôt que comme une activité subalterne ou corrective.

La fragilité matérielle du géosourcé

La terre crue répond à des objectifs d’inertie thermique et de réduction des émissions carbone, tout en introduisant des matières peu standardisées dans un équipement recevant du public. Ici, la fragilité n’est pas un accident à éviter, mais une condition acceptée du projet.

En matière de maintenance, les parois en terre crue sont réparables simplement, à l’aide du même mélange de terre et d’eau fourni par l’entreprise. Si les ateliers municipaux ne sont pas encore formés à ce type d’intervention, le retour d’expérience est néanmoins révélateur : après un an et demi d’utilisation, les murs en terre crue n’ont pas été dégradés, malgré l’intensité des usages.

« Grâce à une sensibilisation des usagers, c’est vraiment un support pédagogique et aujourd’hui, ces murs vivent vraiment très bien. Donc nos ateliers, pour l’instant, ont été épargnés »

Si cette appropriation limite, pour l’instant, les interventions des équipes de maintenance, elle laisse néanmoins ouverte la question des modalités d’entretien à plus long terme, encore peu éprouvées.

Cette attention portée à la matérialité engage une autre relation au bâti « Son architecture, c’est aussi l’architecture des sens, ça se touche. » Le respect observé par les usagers en est un indicateur tangible.

La ventilation naturelle après l’ère de la maîtrise totale

Ce projet s’inscrit dans une longue lignée de réalisations qui revendiquent un retour à la ventilation naturelle. Il témoigne d’un changement de paradigme : plutôt que de privilégier la constance et le contrôle absolu des ambiances intérieures, l’architecture tend désormais à valoriser les processus naturels et l’acceptation des variations ambiantes.

« Alors pourquoi la ventilation naturelle? Précisément pour réaliser ces économies d’énergie »

En refusant de multiplier les moteurs de centrales de traitement d’air (CTA) au profit de flux naturels, les concepteurs acceptent une certaine forme de « fragilité » technique, transformant le bâtiment en un laboratoire vivant.

« On va tester des choses, on fera un retour d’expérience pour voir ce qui marche […] c’est moins d’équipements techniques, mais par contre, c’est beaucoup plus d’implication des usagers »

Régimes de délégation du climat intérieur

Néanmoins, le recours au bioclimatisme s’inscrit dans un basculement culturel encore fragile, qui suppose d’accepter les variations de température et d’humidité, de renoncer à la maîtrise d’un environnement parfaitement stabilisé, et pose une question centrale : celle de l’activation des personnes versus ce que l’on appelle l’architecture passive. Délègue-t-on le fonctionnement climatique aux dispositifs techniques, ou le prend-on en charge collectivement ?

Le projet adopte une position intermédiaire. Deux modes de gestion de l’air coexistent au sein du bâtiment : dans les espaces de travail des agents, la régulation dépend directement des pratiques des occupants, à travers des dispositifs manuels associés à des sondes visuelles ; dans les espaces accueillant le public, la qualité de l’air est pilotée par une Gestion Technique du Bâtiment (GTB), qui coordonne automatiquement différents équipements techniques tels que la ventilation, l’éclairage ou le contrôle d’accès.

Former, sensibiliser, transmettre : soigner son propre atmosphère

Le fonctionnement bioclimatique de l’espace de travail des agents repose sur une articulation fine entre dispositifs techniques et gestes humains.

Ce fonctionnement suppose une activation continue des usagers et des équipes, condition indispensable au bon comportement climatique du bâtiment. Une véritable pédagogie a donc été mise en place afin de rendre lisibles les principes de fonctionnement et de donner prise à l’action. Des visites bâtimentaires ont permis d’expliquer « l’ensemble des équipements techniques, à quoi ça servait, pourquoi il fallait le faire ».

La logique est simple et explicitement formulée : la ventilation naturelle ne fonctionne que si les usagers s’y engagent. « Quand la sonde CO₂ s’allume en rouge, il faut aussi que les utilisateurs comprennent qu’il faut ouvrir la fenêtre. » Il s’agit ainsi de produire des réflexes, une attention quotidienne aux signaux du bâtiment, et d’inscrire la maintenance dans une culture partagée du fonctionnement de l’ouvrage. Comme le résume la maîtrise d’ouvrage, « en donnant du sens aux équipes, ils ont compris que c’était dans leur intérêt de s’impliquer et de le faire ».

Libéré du mécanique, soumis au numérique : les ambivalences du pilotage de l’air

Si la ventilation naturelle vise avant tout la sobriété énergétique, elle ne peut être reconnue et acceptée institutionnellement qu’à condition d’être rendue mesurable et pilotable. Cette exigence réglementaire explique le recours, dans les espaces ouverts au public, à des sondes et à la GTB, qui encadrent et automatisent la gestion de la qualité de l’air intérieur.

Traditionnellement, ce type de dispositifs est associé à des CTA, or, dans le cas de la médiathèque James Baldwin, cette logique de contrôle se recompose malgré le choix bioclimatique : la ventilation naturelle demeure encadrée par une couche numérique dense, qui reproduit une forme de délégation du contrôle à la machine. Comme l’analyse Eugénie Floret dans Calfeutrer, contrôler, canaliser :

« autour de l’air se construisent des bâtiments intelligents irrigués de dispositifs autorégulés qui tendent à déposséder les occupants de la gestion de leur environnement intérieur » jusqu’à « prendre l’habitude de respirer sans mesurer qu’une machine prépare cet air qui lui est si précieux »

Cette dépossession se traduit très concrètement dans l’expérience des équipes en charge de l’exploitation. La GTB, censée optimiser les consommations et garantir la qualité de l’air, impose en réalité une couche technique qui n’est pas facile à maîtriser au quotidien, en particulier parce qu’elle nécessite elle-même une forme de maintenance et des ajustements qui ne sont pas du ressort des équipes en régie. « Aujourd’hui, on n’a pas de marché de maintenance propre pour maintenir la GTB, c’est-à-dire le programme qui nous permet de modifier ses paramètres. » Dès lors, « si je veux modifier le paramètre de l’ouverture des registres de ventilation, il faut que je fasse appel à une entreprise extérieure ».

Cette dépendance au pilotage numérique affecte jusqu’aux usages les plus élémentaires du bâtiment : « Éteindre la lumière pour la séance de cinéma des jeunes, c’était difficile à faire à cause de la GTB qui contrôle tous les aspects du bâtiment. »

La Ville de Paris se retrouve ainsi à négocier ses volontés d’expérimentation et de maintenabilité avec des exigences réglementaires et des critères de performance encore largement fondés sur la mesurabilité et le pilotage. Le choix d’une architecture low-tech, fondée sur la ventilation naturelle, l’ouverture manuelle et des dispositifs frugaux, se trouve alors paradoxalement encadré par un système high-tech, devenu indispensable à sa régulation.

Une partie des problématiques de maintenance se déplace ainsi du champ mécanique vers le champ numérique, posant de nouvelles questions d’accessibilité, de fragilité et de dépendance, qui restent largement à explorer.

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