En choisissant la copropriété comme terrain d’exploration, cette séance interroge le rôle de l’architecte de copropriété dans une configuration qui, sans le revendiquer et de manière plus ou moins subie, s’apparente à une « maintenance en commun ». A travers les pratiques et préoccupations opérationnelles de trois architectes, ces récits permettent d’appréhender les formes de diplomatie et de résistances qui se nouent entre un immeuble, une communauté d’acteurs et un rapport au temps avant tout défini par la continuité juridique.
Dans l’infraordinaire de la copropriété, faire durer les choses pour l’architecte d’immeuble relève en effet de l’enquête et de la confrontation, physique et sensible, à la fragilité : entrer dans une connaissance intime de l’immeuble, composer avec ce qui est « encore-là » et souvent avec ce qui ne tient plus, mais aussi dénouer les paradoxes pour amener une communauté de maîtres d’ouvrage qui ne se sont pas choisis, à se projeter dans un futur diffracté. Par sa capacité à produire une attention collective, à se « mettre en situation », l’architecte donne corps à l’immeuble et crée les conditions d’une conversation entre le bâtiment, « corps vivant », et ses habitants.
© Luc Delamain
Antoine Souché est architecte, diplômé de l’ENSA Versailles et de l’ENSA Paris-Val de Seine, puis spécialisé à l’École de Chaillot en « Architecture et patrimoine ». Son parcours est marqué par une expérience au Japon, à Kyoto, où il développe une réflexion sur la continuité et la transformation du bâti autour de la notion de patrimoine immatériel. Il a collaboré avec des agences de renom, telles que SANAA à Tokyo, OFFICE KGDVS à Bruxelles et l’AUC à Paris, avant de fonder sa propre pratique. Membre de la Fondation Architectes de l’Urgence et de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il inscrit son travail dans une approche sensible, attentive aux usages contemporains autant qu’à la mémoire constructive. Ses projets se distinguent par une volonté de soin, de transmission et d’inscription dans le temps long.
© Luc Delamain
Arnaud Vincent est architecte DPLG, diplômé de l’ENSA Paris-La Défense, avec plus de trente ans de projets, de pratiques et de recherche. Fondateur de l’agence SUPERPOSE STUDIO, il s’est spécialisé dans la rénovation des immeubles en copropriété en Île-de-France, développant une expertise reconnue dans la restauration, la réparation et l’amélioration du bâti existant. Son approche associe rigueur technique, respect de l’histoire construite et attention aux enjeux contemporains tels que la transition énergétique et la préservation des ressources. Ancien président de la Compagnie des Architectes de Copropriété (2018–2021), il poursuit une formation continue exigeante et partage son savoir-faire au sein de ce réseau professionnel. Engagé dans une vision holistique du projet architectural, il valorise l’utile, encourage l’intelligence collective et adapte chaque intervention à la singularité du bâtiment, de son contexte et de ses usagers.
© Sonia Samadi
Pierre-Alain Uniack est architecte DPLG, Grand Prix d’Architecture de l’Académie des Beaux-Arts en 1984 et lauréat de la Confrontation Mondiale des Jeunes Architectes UNESCO-UIA la même année avec son projet de ville flottante Aquapole. Après avoir travaillé en agences et en entreprises de bâtiment, il fonde et dirige pendant 35 ans l’agence ARTEXIA, spécialisée dans la réhabilitation du bâti existant, qu’il s’agisse de logements, d’espaces de travail ou de commerces. Co-fondateur en 1997 de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il en a été président puis président d’honneur, contribuant activement à la formation professionnelle et à la diffusion des savoirs liés à la réhabilitation. Investi dans les réflexions sur la transition énergétique et le développement durable, il a animé de nombreux stages et participé à divers groupes de travail nationaux. Parallèlement, il mène des actions culturelles et de recherche, notamment en Afrique de l’Ouest, en lien avec l’UNESCO, où il a contribué à la valorisation du patrimoine immatériel et à la publication d’ouvrages de référence.
© Luc Delamain
Sylvaine Le Garrec est sociologue, spécialiste de l’habitat et de la copropriété. Après sa thèse de doctorat réalisée à l’Ecole d’Urbanisme de Paris sur les copropriétés en difficulté du grand ensemble de Clichy-Montfermeil, elle a mené des recherches sur les processus sociaux de rénovation énergétique des copropriétés pour l’Association des Responsables de Copropriété (ARC) et le Ministère de l’Ecologie.
Sociologue indépendante depuis 2015, elle fait dialoguer recherche et action à travers des études, des missions de conseil, des formations et l’accompagnement d’expérimentations visant à développer de nouveaux outils, en particulier autour de la mobilisation collective des habitants.
De
à
Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées
En choisissant la copropriété comme terrain d’exploration, cette séance interroge le rôle de l’architecte de copropriété dans une configuration qui, sans le revendiquer et de manière plus ou moins subie, s’apparente à une « maintenance en commun ». A travers les pratiques et préoccupations opérationnelles de trois architectes, ces récits permettent d’appréhender les formes de diplomatie et de résistances qui se nouent entre un immeuble, une communauté d’acteurs et un rapport au temps avant tout défini par la continuité juridique.
Dans l’infraordinaire de la copropriété, faire durer les choses pour l’architecte d’immeuble relève en effet de l’enquête et de la confrontation, physique et sensible, à la fragilité : entrer dans une connaissance intime de l’immeuble, composer avec ce qui est « encore-là » et souvent avec ce qui ne tient plus, mais aussi dénouer les paradoxes pour amener une communauté de maîtres d’ouvrage qui ne se sont pas choisis, à se projeter dans un futur diffracté. Par sa capacité à produire une attention collective, à se « mettre en situation », l’architecte donne corps à l’immeuble et crée les conditions d’une conversation entre le bâtiment, « corps vivant », et ses habitants.
© Luc Delamain
Antoine Souché est architecte, diplômé de l’ENSA Versailles et de l’ENSA Paris-Val de Seine, puis spécialisé à l’École de Chaillot en « Architecture et patrimoine ». Son parcours est marqué par une expérience au Japon, à Kyoto, où il développe une réflexion sur la continuité et la transformation du bâti autour de la notion de patrimoine immatériel. Il a collaboré avec des agences de renom, telles que SANAA à Tokyo, OFFICE KGDVS à Bruxelles et l’AUC à Paris, avant de fonder sa propre pratique. Membre de la Fondation Architectes de l’Urgence et de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il inscrit son travail dans une approche sensible, attentive aux usages contemporains autant qu’à la mémoire constructive. Ses projets se distinguent par une volonté de soin, de transmission et d’inscription dans le temps long.
© Luc Delamain
Arnaud Vincent est architecte DPLG, diplômé de l’ENSA Paris-La Défense, avec plus de trente ans de projets, de pratiques et de recherche. Fondateur de l’agence SUPERPOSE STUDIO, il s’est spécialisé dans la rénovation des immeubles en copropriété en Île-de-France, développant une expertise reconnue dans la restauration, la réparation et l’amélioration du bâti existant. Son approche associe rigueur technique, respect de l’histoire construite et attention aux enjeux contemporains tels que la transition énergétique et la préservation des ressources. Ancien président de la Compagnie des Architectes de Copropriété (2018–2021), il poursuit une formation continue exigeante et partage son savoir-faire au sein de ce réseau professionnel. Engagé dans une vision holistique du projet architectural, il valorise l’utile, encourage l’intelligence collective et adapte chaque intervention à la singularité du bâtiment, de son contexte et de ses usagers.
© Sonia Samadi
Pierre-Alain Uniack est architecte DPLG, Grand Prix d’Architecture de l’Académie des Beaux-Arts en 1984 et lauréat de la Confrontation Mondiale des Jeunes Architectes UNESCO-UIA la même année avec son projet de ville flottante Aquapole. Après avoir travaillé en agences et en entreprises de bâtiment, il fonde et dirige pendant 35 ans l’agence ARTEXIA, spécialisée dans la réhabilitation du bâti existant, qu’il s’agisse de logements, d’espaces de travail ou de commerces. Co-fondateur en 1997 de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il en a été président puis président d’honneur, contribuant activement à la formation professionnelle et à la diffusion des savoirs liés à la réhabilitation. Investi dans les réflexions sur la transition énergétique et le développement durable, il a animé de nombreux stages et participé à divers groupes de travail nationaux. Parallèlement, il mène des actions culturelles et de recherche, notamment en Afrique de l’Ouest, en lien avec l’UNESCO, où il a contribué à la valorisation du patrimoine immatériel et à la publication d’ouvrages de référence.
© Luc Delamain
Sylvaine Le Garrec est sociologue, spécialiste de l’habitat et de la copropriété. Après sa thèse de doctorat réalisée à l’Ecole d’Urbanisme de Paris sur les copropriétés en difficulté du grand ensemble de Clichy-Montfermeil, elle a mené des recherches sur les processus sociaux de rénovation énergétique des copropriétés pour l’Association des Responsables de Copropriété (ARC) et le Ministère de l’Ecologie.
Sociologue indépendante depuis 2015, elle fait dialoguer recherche et action à travers des études, des missions de conseil, des formations et l’accompagnement d’expérimentations visant à développer de nouveaux outils, en particulier autour de la mobilisation collective des habitants.
A travers le regard de trois architectes de copropriété et trois récits d’immeubles à l’épreuve du vieillissement ou de la fragilité, cette séance du séminaire s’immisce dans l’infraordinaire des copropriétés, pour appréhender comment ces constructions en partage durent, s’altèrent, résistent. Elle permet de comprendre la place qu’occupe l’architecture dans ce qui participe à faire tenir ces immeubles et dans la façon d’aborder ces « choses en commun ».
Une séance en contre-plongée dans un encore-là qui dévie les trajectoires menant au projet d’architecture. L’obsolescence comme la transformation ne sont pas des options pour celles et ceux qui y habitent. Loin du « projet », l’architecte de copropriété s’engage sur le terrain de la maintenance. Pourtant, bien souvent son intervention « suppose que le lieu qui lui est confié soit à bout de souffle, en fin de vie, qu’il requière a minima d’être réparé, le plus souvent adapté, transformé ». Maintenir pour conserver, améliorer, adapter, mais aussi pour connaître et transmettre.
Cette synthèse met en lumière un champ de recherche exceptionnel à explorer, au point de rencontre entre architecture et maintenance, et trace de nombreuses pistes.
On devient architecte de copropriété au hasard de la vie. D’une manière générale, tous ceux qui travaillent sur la copropriété y arrivent souvent par hasard.
L’histoire de la création de la Compagnie des architectes de copropriété, dans les années 1990, et son activité éclaire à elle seule la singularité de cette profession.
Une profession mal connue parce que l’immeuble en copropriété, lui-même, n’a pas d’existence propre. A travers son intervention, l’architecte contribue à faire exister cette chose commune, comme un tout aux yeux d’une multitude de propriétaires qui n’ont ni la culture ni les compétences d’un maître d’ouvrage traditionnel mais qui surtout n’ont pas choisi de vivre ensemble. En s’insérant dans cette communauté d’acteurs, l’architecte de copropriété donne à la construction sa consistance, façonnée par son histoire, ses usages et les vies qu’ils abritent, là où le régime de la copropriété, ses normes et sa gouvernance contribuent à faire perdre la singularité du bâtiment et enserrent les manières d’advenir ensemble.
La fonction de l’architecte de copropriété est très attachée historiquement au modèle de l’immeuble de rapport haussmannien construit suivant une conception intemporelle de la propriété, où on était propriétaires sur plusieurs générations et où l’architecte signait son immeuble. Maintenance et conception étaient très liées puisqu’on construisait pour durer.
« Le métier de l’architecte, c’est aussi la représentation, c’est directement l’idée de rendre visible, de faire exister et de représenter »
En marge des cursus académiques et dans l’ombre d’une profession qui valorise la « puissance de faire apparaître du nouveau » (Bonzani, 2023), l’architecte de copropriété se réalise et se perfectionne au contact des situations, dans un mode de transmission des savoir-faire et des savoir-être qu’illustre l’activité de la Compagnie (mentorat, forums, formations et partenariats avec les compagnons, artisans et industriels). « En grattant un peu les bâtiments, je me suis rendu compte qu’il y avait plein de choses que je ne connaissais pas. Il y a toute une complexité de la matière qu’on découvre sur le chantier, qui est difficilement appréhendable à la sortie de l’école d’architecture. On se retrouve vite démunis ».
La confrontation à la fragilité déplace l’intervention dans le champ du soin, animée par la préoccupation continue de faire tenir un édifice juridique, technique, social fragile. L’architecte de copropriété est le médecin de famille, certains diront le vétérinaire (« le matin sur un grand éléphant un peu fatigué et l’après-midi sur une petite souris du 17e siècle qui a été surélevée 3 fois et transformée 4 fois).
« On est tous architectes de l’utile, mais en copropriété, l’architecte répond finalement à des besoins assez basiques qui relèvent de la maintenance et de l’entretien »
Les récits soulignent la place particulière de l’enquête, préalable au diagnostic, qui participe de la narration autour du bâtiment et qui est une des façons de le faire exister. L’enquête permet de retracer l’histoire matérielle et située du bâtiment, à travers la parole des habitants, l’exploration des parties inaccessibles ou inexplorées, l’observation, le contact. L’expérience de la rupture (un poteau-poutre qui flambe, une canalisation fracturée), de la dégradation ou vieillissement laisse place au doute et à l’inconnu, il faut assumer « qu’on ne sait pas », « qu’on ne sait jamais ce qui va se passer ».
« Les immeubles, c’est comme les copropriétaires, ils bougent, ils respirent, ils ont besoin d’évoluer, ils vieillissent comme nous tous et ils ont besoin de cette attention particulière et de cette compétence très large sur tout ce qui relève du champ de la construction ».
Qui maintient dans une copropriété ? « En copropriété, on apprend la sensibilité à tous ces petits signes, à ces fissures, aux épaufrures, à l’importance du surpresseur pour créer de la cohésion sociale quand les gens du dernier étage n’ont pas de puissance d’eau suffisante, l’importance de la maintenance de l’ascenseur ». Les interventions de petite maintenance sont essentielles pour redonner confiance : moins on maintient, moins on entretient, plus les charges sont élevées. La maintenance en copropriété est aussi une affaire de petites attentions quotidiennes, de gestes réguliers des habitants, coups de lasure, réglage du groom ou suivi des témoins posés sur des fissures.
A travers des réussites et des échecs, l’intervention de l’architecte pour maintenir l’immeuble est une autre façon de définir ce qui est en commun, ce qui ne peut se réduire à la somme des quotes-parts individuelles.
« C’est un des rares exemples de démocratie de proximité réellement participatif qui doit fonctionner. La MOA en copropriété, c’est une collectivité de gens dans une salle qui doivent prendre des décisions ensemble. Et qu’il faut savoir convaincre ».
Faire durer une copropriété se joue dans la trame ordinaire du quotidien mais n’échappe pas non plus à la temporalité du projet. Un ravalement, une reprise en sous-œuvre ou un remplacement de canalisation peuvent s’étirer sur 5 à 8 ans. Mais là où l’immeuble de rapport se transmettait de génération en génération, le copropriétaire achète aujourd’hui en moyenne pour 12 ans.
La relation à l’avenir est nécessairement complexe, plurielle. Le temps lointain du projet, de la projection et de la planification se dérobe plus qu’il ne rassemble, dans un rapport au futur où l’horizon de la transition semble peut-être encore plus inaccessible et celui de la rénovation (« remettre à neuf ») fait très peu sens pour les copropriétaires.
Faire durer en copropriété donne une résonance concrète et matérielle à la magnifique formule de Pierre Caye (Durer, 2020) pour qui « construire la durée consiste à passer de l’instant, c’est-à-dire l’in-stans, étymologiquement ce qui ne tient pas, ce qui n’est pas stable, au maintenant, au manu tenere, à ce que l’on tient bien en main pour ne pas le laisser s’échapper ». Un autre chemin pour explorer ce que la maintenance peut apporter à l’architecture.
De
à
En choisissant la copropriété comme terrain d’exploration, cette séance interroge le rôle de l’architecte de copropriété dans une configuration qui, sans le revendiquer et de manière plus ou moins subie, s’apparente à une « maintenance en commun ». A travers les pratiques et préoccupations opérationnelles de trois architectes, ces récits permettent d’appréhender les formes de diplomatie et de résistances qui se nouent entre un immeuble, une communauté d’acteurs et un rapport au temps avant tout défini par la continuité juridique.
Dans l’infraordinaire de la copropriété, faire durer les choses pour l’architecte d’immeuble relève en effet de l’enquête et de la confrontation, physique et sensible, à la fragilité : entrer dans une connaissance intime de l’immeuble, composer avec ce qui est « encore-là » et souvent avec ce qui ne tient plus, mais aussi dénouer les paradoxes pour amener une communauté de maîtres d’ouvrage qui ne se sont pas choisis, à se projeter dans un futur diffracté. Par sa capacité à produire une attention collective, à se « mettre en situation », l’architecte donne corps à l’immeuble et crée les conditions d’une conversation entre le bâtiment, « corps vivant », et ses habitants.
© Luc Delamain
Antoine Souché est architecte, diplômé de l’ENSA Versailles et de l’ENSA Paris-Val de Seine, puis spécialisé à l’École de Chaillot en « Architecture et patrimoine ». Son parcours est marqué par une expérience au Japon, à Kyoto, où il développe une réflexion sur la continuité et la transformation du bâti autour de la notion de patrimoine immatériel. Il a collaboré avec des agences de renom, telles que SANAA à Tokyo, OFFICE KGDVS à Bruxelles et l’AUC à Paris, avant de fonder sa propre pratique. Membre de la Fondation Architectes de l’Urgence et de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il inscrit son travail dans une approche sensible, attentive aux usages contemporains autant qu’à la mémoire constructive. Ses projets se distinguent par une volonté de soin, de transmission et d’inscription dans le temps long.
© Luc Delamain
Arnaud Vincent est architecte DPLG, diplômé de l’ENSA Paris-La Défense, avec plus de trente ans de projets, de pratiques et de recherche. Fondateur de l’agence SUPERPOSE STUDIO, il s’est spécialisé dans la rénovation des immeubles en copropriété en Île-de-France, développant une expertise reconnue dans la restauration, la réparation et l’amélioration du bâti existant. Son approche associe rigueur technique, respect de l’histoire construite et attention aux enjeux contemporains tels que la transition énergétique et la préservation des ressources. Ancien président de la Compagnie des Architectes de Copropriété (2018–2021), il poursuit une formation continue exigeante et partage son savoir-faire au sein de ce réseau professionnel. Engagé dans une vision holistique du projet architectural, il valorise l’utile, encourage l’intelligence collective et adapte chaque intervention à la singularité du bâtiment, de son contexte et de ses usagers.
© Sonia Samadi
Pierre-Alain Uniack est architecte DPLG, Grand Prix d’Architecture de l’Académie des Beaux-Arts en 1984 et lauréat de la Confrontation Mondiale des Jeunes Architectes UNESCO-UIA la même année avec son projet de ville flottante Aquapole. Après avoir travaillé en agences et en entreprises de bâtiment, il fonde et dirige pendant 35 ans l’agence ARTEXIA, spécialisée dans la réhabilitation du bâti existant, qu’il s’agisse de logements, d’espaces de travail ou de commerces. Co-fondateur en 1997 de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il en a été président puis président d’honneur, contribuant activement à la formation professionnelle et à la diffusion des savoirs liés à la réhabilitation. Investi dans les réflexions sur la transition énergétique et le développement durable, il a animé de nombreux stages et participé à divers groupes de travail nationaux. Parallèlement, il mène des actions culturelles et de recherche, notamment en Afrique de l’Ouest, en lien avec l’UNESCO, où il a contribué à la valorisation du patrimoine immatériel et à la publication d’ouvrages de référence.
© Luc Delamain
Sylvaine Le Garrec est sociologue, spécialiste de l’habitat et de la copropriété. Après sa thèse de doctorat réalisée à l’Ecole d’Urbanisme de Paris sur les copropriétés en difficulté du grand ensemble de Clichy-Montfermeil, elle a mené des recherches sur les processus sociaux de rénovation énergétique des copropriétés pour l’Association des Responsables de Copropriété (ARC) et le Ministère de l’Ecologie.
Sociologue indépendante depuis 2015, elle fait dialoguer recherche et action à travers des études, des missions de conseil, des formations et l’accompagnement d’expérimentations visant à développer de nouveaux outils, en particulier autour de la mobilisation collective des habitants.
De
à
Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées
En choisissant la copropriété comme terrain d’exploration, cette séance interroge le rôle de l’architecte de copropriété dans une configuration qui, sans le revendiquer et de manière plus ou moins subie, s’apparente à une « maintenance en commun ». A travers les pratiques et préoccupations opérationnelles de trois architectes, ces récits permettent d’appréhender les formes de diplomatie et de résistances qui se nouent entre un immeuble, une communauté d’acteurs et un rapport au temps avant tout défini par la continuité juridique.
Dans l’infraordinaire de la copropriété, faire durer les choses pour l’architecte d’immeuble relève en effet de l’enquête et de la confrontation, physique et sensible, à la fragilité : entrer dans une connaissance intime de l’immeuble, composer avec ce qui est « encore-là » et souvent avec ce qui ne tient plus, mais aussi dénouer les paradoxes pour amener une communauté de maîtres d’ouvrage qui ne se sont pas choisis, à se projeter dans un futur diffracté. Par sa capacité à produire une attention collective, à se « mettre en situation », l’architecte donne corps à l’immeuble et crée les conditions d’une conversation entre le bâtiment, « corps vivant », et ses habitants.
© Luc Delamain
Antoine Souché est architecte, diplômé de l’ENSA Versailles et de l’ENSA Paris-Val de Seine, puis spécialisé à l’École de Chaillot en « Architecture et patrimoine ». Son parcours est marqué par une expérience au Japon, à Kyoto, où il développe une réflexion sur la continuité et la transformation du bâti autour de la notion de patrimoine immatériel. Il a collaboré avec des agences de renom, telles que SANAA à Tokyo, OFFICE KGDVS à Bruxelles et l’AUC à Paris, avant de fonder sa propre pratique. Membre de la Fondation Architectes de l’Urgence et de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il inscrit son travail dans une approche sensible, attentive aux usages contemporains autant qu’à la mémoire constructive. Ses projets se distinguent par une volonté de soin, de transmission et d’inscription dans le temps long.
© Luc Delamain
Arnaud Vincent est architecte DPLG, diplômé de l’ENSA Paris-La Défense, avec plus de trente ans de projets, de pratiques et de recherche. Fondateur de l’agence SUPERPOSE STUDIO, il s’est spécialisé dans la rénovation des immeubles en copropriété en Île-de-France, développant une expertise reconnue dans la restauration, la réparation et l’amélioration du bâti existant. Son approche associe rigueur technique, respect de l’histoire construite et attention aux enjeux contemporains tels que la transition énergétique et la préservation des ressources. Ancien président de la Compagnie des Architectes de Copropriété (2018–2021), il poursuit une formation continue exigeante et partage son savoir-faire au sein de ce réseau professionnel. Engagé dans une vision holistique du projet architectural, il valorise l’utile, encourage l’intelligence collective et adapte chaque intervention à la singularité du bâtiment, de son contexte et de ses usagers.
© Sonia Samadi
Pierre-Alain Uniack est architecte DPLG, Grand Prix d’Architecture de l’Académie des Beaux-Arts en 1984 et lauréat de la Confrontation Mondiale des Jeunes Architectes UNESCO-UIA la même année avec son projet de ville flottante Aquapole. Après avoir travaillé en agences et en entreprises de bâtiment, il fonde et dirige pendant 35 ans l’agence ARTEXIA, spécialisée dans la réhabilitation du bâti existant, qu’il s’agisse de logements, d’espaces de travail ou de commerces. Co-fondateur en 1997 de la Compagnie des Architectes de Copropriété, il en a été président puis président d’honneur, contribuant activement à la formation professionnelle et à la diffusion des savoirs liés à la réhabilitation. Investi dans les réflexions sur la transition énergétique et le développement durable, il a animé de nombreux stages et participé à divers groupes de travail nationaux. Parallèlement, il mène des actions culturelles et de recherche, notamment en Afrique de l’Ouest, en lien avec l’UNESCO, où il a contribué à la valorisation du patrimoine immatériel et à la publication d’ouvrages de référence.
© Luc Delamain
Sylvaine Le Garrec est sociologue, spécialiste de l’habitat et de la copropriété. Après sa thèse de doctorat réalisée à l’Ecole d’Urbanisme de Paris sur les copropriétés en difficulté du grand ensemble de Clichy-Montfermeil, elle a mené des recherches sur les processus sociaux de rénovation énergétique des copropriétés pour l’Association des Responsables de Copropriété (ARC) et le Ministère de l’Ecologie.
Sociologue indépendante depuis 2015, elle fait dialoguer recherche et action à travers des études, des missions de conseil, des formations et l’accompagnement d’expérimentations visant à développer de nouveaux outils, en particulier autour de la mobilisation collective des habitants.
A travers le regard de trois architectes de copropriété et trois récits d’immeubles à l’épreuve du vieillissement ou de la fragilité, cette séance du séminaire s’immisce dans l’infraordinaire des copropriétés, pour appréhender comment ces constructions en partage durent, s’altèrent, résistent. Elle permet de comprendre la place qu’occupe l’architecture dans ce qui participe à faire tenir ces immeubles et dans la façon d’aborder ces « choses en commun ».
Une séance en contre-plongée dans un encore-là qui dévie les trajectoires menant au projet d’architecture. L’obsolescence comme la transformation ne sont pas des options pour celles et ceux qui y habitent. Loin du « projet », l’architecte de copropriété s’engage sur le terrain de la maintenance. Pourtant, bien souvent son intervention « suppose que le lieu qui lui est confié soit à bout de souffle, en fin de vie, qu’il requière a minima d’être réparé, le plus souvent adapté, transformé ». Maintenir pour conserver, améliorer, adapter, mais aussi pour connaître et transmettre.
Cette synthèse met en lumière un champ de recherche exceptionnel à explorer, au point de rencontre entre architecture et maintenance, et trace de nombreuses pistes.
On devient architecte de copropriété au hasard de la vie. D’une manière générale, tous ceux qui travaillent sur la copropriété y arrivent souvent par hasard.
L’histoire de la création de la Compagnie des architectes de copropriété, dans les années 1990, et son activité éclaire à elle seule la singularité de cette profession.
Une profession mal connue parce que l’immeuble en copropriété, lui-même, n’a pas d’existence propre. A travers son intervention, l’architecte contribue à faire exister cette chose commune, comme un tout aux yeux d’une multitude de propriétaires qui n’ont ni la culture ni les compétences d’un maître d’ouvrage traditionnel mais qui surtout n’ont pas choisi de vivre ensemble. En s’insérant dans cette communauté d’acteurs, l’architecte de copropriété donne à la construction sa consistance, façonnée par son histoire, ses usages et les vies qu’ils abritent, là où le régime de la copropriété, ses normes et sa gouvernance contribuent à faire perdre la singularité du bâtiment et enserrent les manières d’advenir ensemble.
La fonction de l’architecte de copropriété est très attachée historiquement au modèle de l’immeuble de rapport haussmannien construit suivant une conception intemporelle de la propriété, où on était propriétaires sur plusieurs générations et où l’architecte signait son immeuble. Maintenance et conception étaient très liées puisqu’on construisait pour durer.
« Le métier de l’architecte, c’est aussi la représentation, c’est directement l’idée de rendre visible, de faire exister et de représenter »
En marge des cursus académiques et dans l’ombre d’une profession qui valorise la « puissance de faire apparaître du nouveau » (Bonzani, 2023), l’architecte de copropriété se réalise et se perfectionne au contact des situations, dans un mode de transmission des savoir-faire et des savoir-être qu’illustre l’activité de la Compagnie (mentorat, forums, formations et partenariats avec les compagnons, artisans et industriels). « En grattant un peu les bâtiments, je me suis rendu compte qu’il y avait plein de choses que je ne connaissais pas. Il y a toute une complexité de la matière qu’on découvre sur le chantier, qui est difficilement appréhendable à la sortie de l’école d’architecture. On se retrouve vite démunis ».
La confrontation à la fragilité déplace l’intervention dans le champ du soin, animée par la préoccupation continue de faire tenir un édifice juridique, technique, social fragile. L’architecte de copropriété est le médecin de famille, certains diront le vétérinaire (« le matin sur un grand éléphant un peu fatigué et l’après-midi sur une petite souris du 17e siècle qui a été surélevée 3 fois et transformée 4 fois).
« On est tous architectes de l’utile, mais en copropriété, l’architecte répond finalement à des besoins assez basiques qui relèvent de la maintenance et de l’entretien »
Les récits soulignent la place particulière de l’enquête, préalable au diagnostic, qui participe de la narration autour du bâtiment et qui est une des façons de le faire exister. L’enquête permet de retracer l’histoire matérielle et située du bâtiment, à travers la parole des habitants, l’exploration des parties inaccessibles ou inexplorées, l’observation, le contact. L’expérience de la rupture (un poteau-poutre qui flambe, une canalisation fracturée), de la dégradation ou vieillissement laisse place au doute et à l’inconnu, il faut assumer « qu’on ne sait pas », « qu’on ne sait jamais ce qui va se passer ».
« Les immeubles, c’est comme les copropriétaires, ils bougent, ils respirent, ils ont besoin d’évoluer, ils vieillissent comme nous tous et ils ont besoin de cette attention particulière et de cette compétence très large sur tout ce qui relève du champ de la construction ».
Qui maintient dans une copropriété ? « En copropriété, on apprend la sensibilité à tous ces petits signes, à ces fissures, aux épaufrures, à l’importance du surpresseur pour créer de la cohésion sociale quand les gens du dernier étage n’ont pas de puissance d’eau suffisante, l’importance de la maintenance de l’ascenseur ». Les interventions de petite maintenance sont essentielles pour redonner confiance : moins on maintient, moins on entretient, plus les charges sont élevées. La maintenance en copropriété est aussi une affaire de petites attentions quotidiennes, de gestes réguliers des habitants, coups de lasure, réglage du groom ou suivi des témoins posés sur des fissures.
A travers des réussites et des échecs, l’intervention de l’architecte pour maintenir l’immeuble est une autre façon de définir ce qui est en commun, ce qui ne peut se réduire à la somme des quotes-parts individuelles.
« C’est un des rares exemples de démocratie de proximité réellement participatif qui doit fonctionner. La MOA en copropriété, c’est une collectivité de gens dans une salle qui doivent prendre des décisions ensemble. Et qu’il faut savoir convaincre ».
Faire durer une copropriété se joue dans la trame ordinaire du quotidien mais n’échappe pas non plus à la temporalité du projet. Un ravalement, une reprise en sous-œuvre ou un remplacement de canalisation peuvent s’étirer sur 5 à 8 ans. Mais là où l’immeuble de rapport se transmettait de génération en génération, le copropriétaire achète aujourd’hui en moyenne pour 12 ans.
La relation à l’avenir est nécessairement complexe, plurielle. Le temps lointain du projet, de la projection et de la planification se dérobe plus qu’il ne rassemble, dans un rapport au futur où l’horizon de la transition semble peut-être encore plus inaccessible et celui de la rénovation (« remettre à neuf ») fait très peu sens pour les copropriétaires.
Faire durer en copropriété donne une résonance concrète et matérielle à la magnifique formule de Pierre Caye (Durer, 2020) pour qui « construire la durée consiste à passer de l’instant, c’est-à-dire l’in-stans, étymologiquement ce qui ne tient pas, ce qui n’est pas stable, au maintenant, au manu tenere, à ce que l’on tient bien en main pour ne pas le laisser s’échapper ». Un autre chemin pour explorer ce que la maintenance peut apporter à l’architecture.
De
à
Ecole de Mines