Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.
Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?
“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.
© Valentina Sciacca
Architecte associé, SCAU
De
à
Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées
Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.
Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?
“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.
© Valentina Sciacca
Architecte associé, SCAU
Pour aborder de front la fragilité matérielle, l’agence SCAU a choisi de se saisir d’une situation habituellement cantonnée dans les coulisses de l’architecture en faisant le récit de l’expérience d’un sinistre, quand celui-ci rappelle tous les protagonistes au chevet d’un ouvrage.
Cette part de la « vie des bâtiments » qui reste généralement dans l’ombre des récits et des réalisations architecturales met à jour la fragilité matérielle, reléguée à la prise en charge par les assurances en cas de désordres avérés ou aux contingences des activités quotidiennes de la maintenance pour les formes d’altération moins spectaculaires. Ces deux domaines d’activité ne sont quasiment jamais présentés comme relevant de l’activité architecturale à proprement parler. Elles en constituent des externalités, qui font de la fragilité une sorte de tabou dont personne ou presque ne veut entendre parler.
Cet éclairage largement inédit sur la pratique architecturale trace plusieurs lignes de réflexions pour la suite du séminaire et du programme de recherche :
Le Stade Océane pris comme cas d’étude, révèle à quel point, dans un monde plus instable, l’ouvrage doit s’appréhender comme une entité vivante, aux contours jamais totalement figés, et fortement intégré à son milieu. L’expérience de la dégradation, le « désordre », replace l’ouvrage au cœur des dynamiques qui lient une communauté d’acteurs humains et non-humains. La déchirure ouvre un espace à la sensibilité : d’objet oublié, négligé, le stade se trouve soudain au centre de toutes les attentions. L’ouvrage peut-il vieillir ? Comment surveiller quelque chose qui vieillit ?
A la manière d’une fable, l’affaire du Stade Océane illustre la la non prise en compte de la dynamique du vivant dans les paradigmes décisionnels et assurantiels de la construction. Le système assurantiel travaille sur des modèles statistiques de risques connus qui laissent peu de place aux éléments perturbateurs. Arrivée à un certain seuil (ici avec la crise sanitaire), la fragile instabilité résultant des interdépendances et de la coexistence de l’objet technique avec son milieu (les goélands, les micro-organismes, les insectes, le vent, le covid…) devient intenable et fait basculer l’ensemble dans un autre monde, que met en scène l’assemblée des parties prenantes réunies pour l’expertise dans l’enceinte du stade.
L’expérience de la fragilité matérielle vient perturber le rapport de l’architecte à la durée et ouvre une brèche pour interroger une certaine conception de l’obsolescence à travers l’altération ou le vieillissement et la perception des différentes temporalités qui se jouent dans et autour de l’intervention architecturale. Pris comme étude de cas, l’affaire du Stade Océane offre un point d’observation sur la façon dont s’opère le vacillement, le point de bascule. Ce récit invite également à interroger les temporalités de l’innovation dans la pratique du projet, au cas présent, en conception-réalisation : la projection incertaine vers le futur qui sous-tend l’innovation architecturale entre en contradiction avec le temps du retour sur investissement fondé sur un référentiel passé.
Replacer la fragilité et les différentes formes de maintenance qu’elle peut impliquer au cœur de l’acte de conception amène l’architecte à s’extraire du paradigme de la performance et de la robustesse ****qui a façonné la production immobilière et les manières de faire de l’architecture, et à réinterroger les rationalités à l’œuvre dans les choix de conception. La fragilité n’est pas intrinsèquement un défaut mais elle reconfigure la manière de faire et apporte, comme l’illustre le cas du stade Océane, un relief singulier à la question des matériaux, déjà au centre des préoccupations d’une profession confrontée aux enjeux de décarbonation, de raréfaction des ressources, à la multiplication des désordres climatiques et à l’effondrement de la biodiversité. « On ne négocie qu’avec ce qui nous résiste » (Bonzani, 2024, De l’invention en architecture) : cette confrontation matérielle à la fragilité, sous l’effet de la durée, de l’altération, ouvre une voie alternative pour repenser l’acte de construire dans la pratique du projet architectural.
La fragilité est corrélée à une mise en tension, symbolisée par les câbles qui tiennent la toile du stade Océane. En provoquant une forme de détente – passive, subie, qui se traduit par un défaut de maintenance, l’évènement du COVID se révèle un très bon révélateur et vient rappeler que « les choses ne tiennent pas comme ça » : la situation a ici basculée dans un régime de panne et de réparation.
L’expérience de la fragilité vient troubler (au sens que lui donne Donna Haraway) le rapport à l’image et la réponse esthétique de l’architecte. Quelle image veut-on maintenir, l’image qui résulte du processus de projet (« à un moment, on est arrivé à une image »), l’image iconique du stade que toute une ville s’est appropriée ? Comment les acteurs participent-ils à maintenir une forme d’illusion (« on ne veut pas que ça se voit ») et quel rôle joue l’architecture (Siza, 1992, Mensonges d’architecture. La forme, fin d’un processus qui n’a pas de fin) ? La fragilité matérielle questionne également notre rapport à la modernité et sa recherche de dépouillement et d’abstraction héritière d’Adolf Loos. Dans quelle mesure l’ornement n’est-il pas un dispositif matériel, une solution technique pour composer avec la fragilité ?
De
à
Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.
Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?
“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.
© Valentina Sciacca
Architecte associé, SCAU
De
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Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées
Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.
Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?
“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.
© Valentina Sciacca
Architecte associé, SCAU
Pour aborder de front la fragilité matérielle, l’agence SCAU a choisi de se saisir d’une situation habituellement cantonnée dans les coulisses de l’architecture en faisant le récit de l’expérience d’un sinistre, quand celui-ci rappelle tous les protagonistes au chevet d’un ouvrage.
Cette part de la « vie des bâtiments » qui reste généralement dans l’ombre des récits et des réalisations architecturales met à jour la fragilité matérielle, reléguée à la prise en charge par les assurances en cas de désordres avérés ou aux contingences des activités quotidiennes de la maintenance pour les formes d’altération moins spectaculaires. Ces deux domaines d’activité ne sont quasiment jamais présentés comme relevant de l’activité architecturale à proprement parler. Elles en constituent des externalités, qui font de la fragilité une sorte de tabou dont personne ou presque ne veut entendre parler.
Cet éclairage largement inédit sur la pratique architecturale trace plusieurs lignes de réflexions pour la suite du séminaire et du programme de recherche :
Le Stade Océane pris comme cas d’étude, révèle à quel point, dans un monde plus instable, l’ouvrage doit s’appréhender comme une entité vivante, aux contours jamais totalement figés, et fortement intégré à son milieu. L’expérience de la dégradation, le « désordre », replace l’ouvrage au cœur des dynamiques qui lient une communauté d’acteurs humains et non-humains. La déchirure ouvre un espace à la sensibilité : d’objet oublié, négligé, le stade se trouve soudain au centre de toutes les attentions. L’ouvrage peut-il vieillir ? Comment surveiller quelque chose qui vieillit ?
A la manière d’une fable, l’affaire du Stade Océane illustre la la non prise en compte de la dynamique du vivant dans les paradigmes décisionnels et assurantiels de la construction. Le système assurantiel travaille sur des modèles statistiques de risques connus qui laissent peu de place aux éléments perturbateurs. Arrivée à un certain seuil (ici avec la crise sanitaire), la fragile instabilité résultant des interdépendances et de la coexistence de l’objet technique avec son milieu (les goélands, les micro-organismes, les insectes, le vent, le covid…) devient intenable et fait basculer l’ensemble dans un autre monde, que met en scène l’assemblée des parties prenantes réunies pour l’expertise dans l’enceinte du stade.
L’expérience de la fragilité matérielle vient perturber le rapport de l’architecte à la durée et ouvre une brèche pour interroger une certaine conception de l’obsolescence à travers l’altération ou le vieillissement et la perception des différentes temporalités qui se jouent dans et autour de l’intervention architecturale. Pris comme étude de cas, l’affaire du Stade Océane offre un point d’observation sur la façon dont s’opère le vacillement, le point de bascule. Ce récit invite également à interroger les temporalités de l’innovation dans la pratique du projet, au cas présent, en conception-réalisation : la projection incertaine vers le futur qui sous-tend l’innovation architecturale entre en contradiction avec le temps du retour sur investissement fondé sur un référentiel passé.
Replacer la fragilité et les différentes formes de maintenance qu’elle peut impliquer au cœur de l’acte de conception amène l’architecte à s’extraire du paradigme de la performance et de la robustesse ****qui a façonné la production immobilière et les manières de faire de l’architecture, et à réinterroger les rationalités à l’œuvre dans les choix de conception. La fragilité n’est pas intrinsèquement un défaut mais elle reconfigure la manière de faire et apporte, comme l’illustre le cas du stade Océane, un relief singulier à la question des matériaux, déjà au centre des préoccupations d’une profession confrontée aux enjeux de décarbonation, de raréfaction des ressources, à la multiplication des désordres climatiques et à l’effondrement de la biodiversité. « On ne négocie qu’avec ce qui nous résiste » (Bonzani, 2024, De l’invention en architecture) : cette confrontation matérielle à la fragilité, sous l’effet de la durée, de l’altération, ouvre une voie alternative pour repenser l’acte de construire dans la pratique du projet architectural.
La fragilité est corrélée à une mise en tension, symbolisée par les câbles qui tiennent la toile du stade Océane. En provoquant une forme de détente – passive, subie, qui se traduit par un défaut de maintenance, l’évènement du COVID se révèle un très bon révélateur et vient rappeler que « les choses ne tiennent pas comme ça » : la situation a ici basculée dans un régime de panne et de réparation.
L’expérience de la fragilité vient troubler (au sens que lui donne Donna Haraway) le rapport à l’image et la réponse esthétique de l’architecte. Quelle image veut-on maintenir, l’image qui résulte du processus de projet (« à un moment, on est arrivé à une image »), l’image iconique du stade que toute une ville s’est appropriée ? Comment les acteurs participent-ils à maintenir une forme d’illusion (« on ne veut pas que ça se voit ») et quel rôle joue l’architecture (Siza, 1992, Mensonges d’architecture. La forme, fin d’un processus qui n’a pas de fin) ? La fragilité matérielle questionne également notre rapport à la modernité et sa recherche de dépouillement et d’abstraction héritière d’Adolf Loos. Dans quelle mesure l’ornement n’est-il pas un dispositif matériel, une solution technique pour composer avec la fragilité ?
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