SCAU architecture

CSI Mines Paris

SÉMINAIRE

Séance #
6

Attachements et Patrimoine

10 octobre 2025

Attachements et Patrimoine

10 octobre 2025

En matière de patrimoine, l’architecte en chef est comme le mainteneur au chevet de l’ouvrage qui vit, qui s’altère et qui vieillit. Qu’est-ce qui fait la valeur ? Qui va entretenir ? Quand la conservation se confronte à l’obsolescence de la matière, à l’accumulation des strates temporelles et doit composer avec le vivant, maintenir un patrimoine nous invite à composer avec l’entrelacement de nos fragilités. Entre soin et attachements, cette séance explorera les liens entre architecture et maintenance à travers la pratique de deux architectes du patrimoine, Charlotte Langlois et Pierre Dufour.

Charlotte Langlois

© Luc Delamain

Charlotte Langlois

Charlotte Langlois est architecte, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val-de-Seine en 2010 et architecte du Patrimoine diplômée de l’Ecole de Chaillot en 2015. Après cinq ans en tant que chef de projet chez Marie-Suzanne de Ponthaud, Architecte en Chef des Monuments Historiques, Charlotte Langlois devient chef de projet chez Alice Capron Valat en 2015, puis chef d’agence de la structure agrandie en 2020. En 2022, elle devient associée co-gérante de la société, renommée POINT 05 en janvier 2025.
POINT 05 développe des projets de maîtrise d’œuvre principalement sur des édifices à forte valeur patrimoniale et sur les monuments historiques inscrits et classés, en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et le Grand-Est. L’agence fonde son rapport au projet sur l’importance du dessin à la main, ce que reflète le nom de la société, issu de la taille de mine 0.05 la plus fine, qui traduit cet attachement au trait, à la précision et au détail. Traitant de projets de différentes échelles, POINT 05 développe des projets de restauration, de rénovation et de réhabilitation d’édifices privés et publics.

Bérénice Gaussuin

© Luc Delamain

Bérénice Gaussuin

Bérénice Gaussuin est architecte du patrimoine, historienne de l’architecture et docteure en architecture. Maîtresse de Conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, elle est chercheuse permanente au Laboratoire Infrastructure Architecture Territoire (LIAT) et associée à l’UMR Ressources. Spécialiste du patrimoine, ses recherches interrogent les pratiques – architecturales et autres – dans les espaces hérités, bâtis ou non. Elle a récemment publié Les manières de Viollet-le-Duc. La forge d’une théorie de la restauration par la pratique (CNRS Éditions, 2024) et dirigé la publication avec Mohammed Hadjiat et Florence Lafourcade de l’ouvrage Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc (Presses universitaires du Septentrion, 2024).

Pierre Dufour

© Luc Delamain

Pierre Dufour

Pierre Dufour est architecte, diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville en 2010, architecte du patrimoine diplômé de l’École de Chaillot en 2015, maître de conférence associé à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand puis à Paris-Est, architecte en chef des Monuments Historiques depuis 2017 et co-fondateur du bureau d’architecture Antoine Dufour Architectes créé en 2016. Lauréats des AJAP en 2016 et Prix de la Première Œuvre en 2019, le bureau revendique une pratique ouverte et pluridisciplinaire, ayant pour objectif une réflexion critique sur les équilibres métropolitains, la régénération des milieux, le territoire public, les héritages et l’édifice comme objet culturel. L’atelier développe depuis sa création une pensée théorique et réflexive, (enseignement, publications, communications), interrogeant plusieurs thèmes de recherche : la maîtrise du temps et des durées, les processus de transformations, de déprise et de ruine, les climats, l’usage des ressources et des savoirs.

10 octobre 2025

De

10:00

à

13:00
Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris
Modalités d'inscription

Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées

En matière de patrimoine, l’architecte en chef est comme le mainteneur au chevet de l’ouvrage qui vit, qui s’altère et qui vieillit. Qu’est-ce qui fait la valeur ? Qui va entretenir ? Quand la conservation se confronte à l’obsolescence de la matière, à l’accumulation des strates temporelles et doit composer avec le vivant, maintenir un patrimoine nous invite à composer avec l’entrelacement de nos fragilités. Entre soin et attachements, cette séance explorera les liens entre architecture et maintenance à travers la pratique de deux architectes du patrimoine, Charlotte Langlois et Pierre Dufour.

Charlotte Langlois

© Luc Delamain

Charlotte Langlois

Charlotte Langlois est architecte, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val-de-Seine en 2010 et architecte du Patrimoine diplômée de l’Ecole de Chaillot en 2015. Après cinq ans en tant que chef de projet chez Marie-Suzanne de Ponthaud, Architecte en Chef des Monuments Historiques, Charlotte Langlois devient chef de projet chez Alice Capron Valat en 2015, puis chef d’agence de la structure agrandie en 2020. En 2022, elle devient associée co-gérante de la société, renommée POINT 05 en janvier 2025.
POINT 05 développe des projets de maîtrise d’œuvre principalement sur des édifices à forte valeur patrimoniale et sur les monuments historiques inscrits et classés, en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et le Grand-Est. L’agence fonde son rapport au projet sur l’importance du dessin à la main, ce que reflète le nom de la société, issu de la taille de mine 0.05 la plus fine, qui traduit cet attachement au trait, à la précision et au détail. Traitant de projets de différentes échelles, POINT 05 développe des projets de restauration, de rénovation et de réhabilitation d’édifices privés et publics.

Bérénice Gaussuin

© Luc Delamain

Bérénice Gaussuin

Bérénice Gaussuin est architecte du patrimoine, historienne de l’architecture et docteure en architecture. Maîtresse de Conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, elle est chercheuse permanente au Laboratoire Infrastructure Architecture Territoire (LIAT) et associée à l’UMR Ressources. Spécialiste du patrimoine, ses recherches interrogent les pratiques – architecturales et autres – dans les espaces hérités, bâtis ou non. Elle a récemment publié Les manières de Viollet-le-Duc. La forge d’une théorie de la restauration par la pratique (CNRS Éditions, 2024) et dirigé la publication avec Mohammed Hadjiat et Florence Lafourcade de l’ouvrage Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc (Presses universitaires du Septentrion, 2024).

Pierre Dufour

© Luc Delamain

Pierre Dufour

Pierre Dufour est architecte, diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville en 2010, architecte du patrimoine diplômé de l’École de Chaillot en 2015, maître de conférence associé à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand puis à Paris-Est, architecte en chef des Monuments Historiques depuis 2017 et co-fondateur du bureau d’architecture Antoine Dufour Architectes créé en 2016. Lauréats des AJAP en 2016 et Prix de la Première Œuvre en 2019, le bureau revendique une pratique ouverte et pluridisciplinaire, ayant pour objectif une réflexion critique sur les équilibres métropolitains, la régénération des milieux, le territoire public, les héritages et l’édifice comme objet culturel. L’atelier développe depuis sa création une pensée théorique et réflexive, (enseignement, publications, communications), interrogeant plusieurs thèmes de recherche : la maîtrise du temps et des durées, les processus de transformations, de déprise et de ruine, les climats, l’usage des ressources et des savoirs.

La restauration patrimoniale est affaire de maintien et de maintenance

Maintenance matérielle à l’épreuve de l’altération et du vieillissement de la matière, maintenance de l’objet qui maintient, l’étaiement, ou maintenance, plus immatérielle, des savoir-faire indispensables à l’entretien ou la réparation des édifices (“La transmission des savoirs est quelque chose d’assez hermétique, le savoir se transmet par le papier, par la parole, par les gestes. Dès qu’on rompt cette chaîne, on perd en connaissance et en maintenance à chaque fois”).

Dans le vocabulaire des monuments historiques, le terme n’est pourtant pas utilisé. La Charte de Venise fait de la permanence d’entretien une condition de la conservation, sans pour autant l’identifier comme un champ d’intervention à part entière. Avec la remobilisation d’un vocabulaire qui a trait à la réparation, à la remédiation, à la maintenance, à l’entretien, des déplacements sémantiques s’opèrent dans le champ de la restauration qui viennent enrichir la qualification des interventions et permettre d’en réinterroger les fondements.

Écologies matérielles

Les quatre récits d’architectes du patrimoine venus nourrir les réflexions du séminaire témoignent de la diversité des formes d’intervention et de la complexité de l’action : accompagner la lente altération de ruines castrales et maintenir leur mémoire par la pratique du dessin, démêler l’écheveau des étaiements d’un portail cistercien qui menace de s’effondrer, retrouver un usage en mesure de maintenir les vestiges d’un édifice abbatial, ou encore assurer le continuum de soin d’une cathédrale de 800 ans.

Expertise sans actions spectaculaires, cette forme de maintenance est à la fois une attitude qui vise à être en permanence au chevet d’un édifice et une manière architecturale d’intervenir pour envisager les conditions du maintien : les relevés au dessin ou l’expérimentation du chantier pour réparer une défaillance ou intervenir sur un étaiement mettent en lumière cette tension continue entre maîtrise et inquiétude qui nait de la confrontation à la (très longue) durée. On ne sait parfois plus bien ce qui maintient quand la végétation parasite finit par faire tenir la maçonnerie ou quand l’intervention consiste à venir soutenir l’étaiement.

Donner à voir la fragilité

Les monuments historiques, c’est parce qu’ils sont fragiles qu’on les protège”. L’inscription patrimoniale est consubstantielle à l’existence d’une fragilité, une manière de la reconnaître et de l’accepter comme en témoigne l’imaginaire poétique et romantique de la ruine. Le lexique médical est mobilisé pour décrire cet état (”pathologies inquiétantes, paralysantes”, “la cathédrale est sous contrôle, elle est sur le billard tous les jours”). Appelé au chevet de ces ouvrages, l’architecte du patrimoine révèle et représente les formes d’altération qui matérialisent cette fragilité : “On ne s’intéresse pas uniquement à ce qui est sous nos yeux, à travers le dessin il s’agit de comprendre les mouvements. Le relevé de l’état sanitaire se fait à la main. C’est se confronter vraiment au monument jusqu’à sa pathologie”. Le dessin est aussi bien un moyen de monstration des états d’altération qu’un geste attentionnel en tant que tel. En complément des instruments plus sophistiqués de diagnostic, le tracé à l’œil nu et à la main oblige à hiérarchiser à même le contact avec la matière, et à “faire avec” la logique d’altération du monument :

on sait qu’on n’a pas le pouvoir de stopper le temps, on sait que ces édifices sont des organismes vivants dont la fin et la dissolution sont programmées”.

Dépasser le paradoxe de la ruine

Entretenir la ruine, restaurer l’étai : entre lucidité et empêchement, le dialogue avec la fragilité qui s’instaure à travers ces interventions se lit comme une mise en abime de nos attachements pour ces objets bâtis, à moins qu’il n’ouvre sur une nouvelle forme de pratique qui participe activement et positivement au processus de dégradation et de vieillissement tel que l’envisage Caitlin DeSilvey (Curated Decay, Heritage Beyond Saving, 2017) :

”Ces bâtiments expriment une fragilité, mais on ne veut pas renoncer à les voir disparaître parce qu’on y est attaché. On y est attaché parce qu’ils expriment une forme de fragilité. Ils dialoguent avec nous, certainement avec des fragilités qui sont aussi les nôtres (…). On n’a pas envie de les voir se reconstruire dans leur état initial, on n’a pas non plus envie qu’elles retournent à l’état de nature”.

 

Pathologie des temps modernes

On produit du patrimoine avec la peur que les choses disparaissent”.

La patrimonialisation déplace les responsabilités, faisant de l’Etat (les DRAC) un gardien du temple qui fige en partie les modalités d’interventions. Un mouvement qui commence avec la Révolution française et qui s’analyse à la fois comme une crise de responsabilité et une crise d’usage. Une spirale infernale de la protection dont la trajectoire se heurte aujourd’hui à une impasse financière et matérielle. Paradoxalement, la protection semble jouer en partie contre la maintenance : “On a cru aussi qu’en protégeant, cela serait une solution alternative au fait d’entretenir”.

La conscience de la finitude des choses qui accompagne l’expérience des limites planétaires remet en débat cette quête de permanence et cette distribution des responsabilités. “Il y a un vrai paradoxe de notre situation moderne à avoir tant protégé, à ne plus être capable d’assumer d’intervenir sur tout ce qu’on a protégé et de ne pas savoir accepter la disparition, alors que dans le même temps, on dit qu’il ne faut plus construire et qu’il faut transformer”.

Un mouvement semble s’opérer dans la pratique des architectes du patrimoine. “Réparer c’est redonner une bonne fonctionnalité à un ouvrage défaillant”. Derrière cette notion de fonctionnalité, l’architecte assume d’interroger l’usage et l’utilité.

Formes collectives du soin

Le cas de l’Œuvre de Notre Dame à Strasbourg donne aussi à voir une forme d’organisation du travail à (très) long terme qui est porteuse de nombreux enseignements pour l’architecture patrimoniale, et plus largement pour la mise en œuvre de politiques de maintenance ambitieuses, articulées aux enjeux de conservation et de restauration. Chargée de l’entretien quotidien de la cathédrale depuis plus de 300 ans, l’institution, autonome sur le plan financier, rassemble dans une même structure les équivalents de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre et des entreprises elles-mêmes (des ateliers jusqu’aux carrières). Cette organisation collective et interprofessionnelle est pour beaucoup dans la possibilité de cultiver un continuum entre les interventions de maintenance (plus routinière), les grandes réparations (après catastrophes) et les opérations de restauration patrimoniale. Elle est essentielle également à la production continue de connaissances ainsi qu’à leur circulation. De même qu’à une autre échelle, le temps du chantier permet aux architectes du patrimoine de côtoyer des compagnons dont les savoirs et les compétences, y compris en termes de diagnostic, sont de précieux compléments aux études préalables. “Les chantiers sont des lieux d’apprentissage et d’expérimentation où on fait évoluer la connaissance des techniques”.

Le droit à la réparation

L’exception patrimoniale ouvre droit à la réparation et anoblit l’entretien, deux termes qui trouvent un cadre légal dans le code du patrimoine en faisant intervenir l’architecte. Dans le champ non patrimonial, cette dimension architecturale de la maintenance au sens large n’est pas formalisée, à l’exception de la mission de diagnostic dont les récits soulignent les formes d’expertises architecturales qu’il mobilise. “La question du réparable, du maintenable doit imprégner notre pratique architecturale” dès lors que ces préoccupations ne sont plus le domaine réservé du patrimoine et que la plupart des architectes pratiquent désormais la réhabilitation, la rénovation et la transformation.

Bibliographie

Aller plus loin

SÉANCE #6
Organisations
La Fondation de l’Oeuvre de Notre-Dame de Strasbourg
SÉANCE #6
Juridique
Circulaire relative à la maîtrise d’œuvre des travaux sur les monuments historiques classés et inscrits
10 octobre 2025

De

10:00

à

13:00
Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris
Introduction

En matière de patrimoine, l’architecte en chef est comme le mainteneur au chevet de l’ouvrage qui vit, qui s’altère et qui vieillit. Qu’est-ce qui fait la valeur ? Qui va entretenir ? Quand la conservation se confronte à l’obsolescence de la matière, à l’accumulation des strates temporelles et doit composer avec le vivant, maintenir un patrimoine nous invite à composer avec l’entrelacement de nos fragilités. Entre soin et attachements, cette séance explorera les liens entre architecture et maintenance à travers la pratique de deux architectes du patrimoine, Charlotte Langlois et Pierre Dufour.

Intervenant·es
Charlotte Langlois

© Luc Delamain

Charlotte Langlois

Charlotte Langlois est architecte, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val-de-Seine en 2010 et architecte du Patrimoine diplômée de l’Ecole de Chaillot en 2015. Après cinq ans en tant que chef de projet chez Marie-Suzanne de Ponthaud, Architecte en Chef des Monuments Historiques, Charlotte Langlois devient chef de projet chez Alice Capron Valat en 2015, puis chef d’agence de la structure agrandie en 2020. En 2022, elle devient associée co-gérante de la société, renommée POINT 05 en janvier 2025.
POINT 05 développe des projets de maîtrise d’œuvre principalement sur des édifices à forte valeur patrimoniale et sur les monuments historiques inscrits et classés, en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et le Grand-Est. L’agence fonde son rapport au projet sur l’importance du dessin à la main, ce que reflète le nom de la société, issu de la taille de mine 0.05 la plus fine, qui traduit cet attachement au trait, à la précision et au détail. Traitant de projets de différentes échelles, POINT 05 développe des projets de restauration, de rénovation et de réhabilitation d’édifices privés et publics.

Bérénice Gaussuin

© Luc Delamain

Bérénice Gaussuin

Bérénice Gaussuin est architecte du patrimoine, historienne de l’architecture et docteure en architecture. Maîtresse de Conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, elle est chercheuse permanente au Laboratoire Infrastructure Architecture Territoire (LIAT) et associée à l’UMR Ressources. Spécialiste du patrimoine, ses recherches interrogent les pratiques – architecturales et autres – dans les espaces hérités, bâtis ou non. Elle a récemment publié Les manières de Viollet-le-Duc. La forge d’une théorie de la restauration par la pratique (CNRS Éditions, 2024) et dirigé la publication avec Mohammed Hadjiat et Florence Lafourcade de l’ouvrage Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc (Presses universitaires du Septentrion, 2024).

Pierre Dufour

© Luc Delamain

Pierre Dufour

Pierre Dufour est architecte, diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville en 2010, architecte du patrimoine diplômé de l’École de Chaillot en 2015, maître de conférence associé à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand puis à Paris-Est, architecte en chef des Monuments Historiques depuis 2017 et co-fondateur du bureau d’architecture Antoine Dufour Architectes créé en 2016. Lauréats des AJAP en 2016 et Prix de la Première Œuvre en 2019, le bureau revendique une pratique ouverte et pluridisciplinaire, ayant pour objectif une réflexion critique sur les équilibres métropolitains, la régénération des milieux, le territoire public, les héritages et l’édifice comme objet culturel. L’atelier développe depuis sa création une pensée théorique et réflexive, (enseignement, publications, communications), interrogeant plusieurs thèmes de recherche : la maîtrise du temps et des durées, les processus de transformations, de déprise et de ruine, les climats, l’usage des ressources et des savoirs.

Infos pratiques
10 octobre 2025

De

10:00

à

13:00
Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris
Modalités d'inscription

Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées

Introduction

En matière de patrimoine, l’architecte en chef est comme le mainteneur au chevet de l’ouvrage qui vit, qui s’altère et qui vieillit. Qu’est-ce qui fait la valeur ? Qui va entretenir ? Quand la conservation se confronte à l’obsolescence de la matière, à l’accumulation des strates temporelles et doit composer avec le vivant, maintenir un patrimoine nous invite à composer avec l’entrelacement de nos fragilités. Entre soin et attachements, cette séance explorera les liens entre architecture et maintenance à travers la pratique de deux architectes du patrimoine, Charlotte Langlois et Pierre Dufour.

Intervenant·es
Charlotte Langlois

© Luc Delamain

Charlotte Langlois

Charlotte Langlois est architecte, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val-de-Seine en 2010 et architecte du Patrimoine diplômée de l’Ecole de Chaillot en 2015. Après cinq ans en tant que chef de projet chez Marie-Suzanne de Ponthaud, Architecte en Chef des Monuments Historiques, Charlotte Langlois devient chef de projet chez Alice Capron Valat en 2015, puis chef d’agence de la structure agrandie en 2020. En 2022, elle devient associée co-gérante de la société, renommée POINT 05 en janvier 2025.
POINT 05 développe des projets de maîtrise d’œuvre principalement sur des édifices à forte valeur patrimoniale et sur les monuments historiques inscrits et classés, en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et le Grand-Est. L’agence fonde son rapport au projet sur l’importance du dessin à la main, ce que reflète le nom de la société, issu de la taille de mine 0.05 la plus fine, qui traduit cet attachement au trait, à la précision et au détail. Traitant de projets de différentes échelles, POINT 05 développe des projets de restauration, de rénovation et de réhabilitation d’édifices privés et publics.

Bérénice Gaussuin

© Luc Delamain

Bérénice Gaussuin

Bérénice Gaussuin est architecte du patrimoine, historienne de l’architecture et docteure en architecture. Maîtresse de Conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, elle est chercheuse permanente au Laboratoire Infrastructure Architecture Territoire (LIAT) et associée à l’UMR Ressources. Spécialiste du patrimoine, ses recherches interrogent les pratiques – architecturales et autres – dans les espaces hérités, bâtis ou non. Elle a récemment publié Les manières de Viollet-le-Duc. La forge d’une théorie de la restauration par la pratique (CNRS Éditions, 2024) et dirigé la publication avec Mohammed Hadjiat et Florence Lafourcade de l’ouvrage Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc (Presses universitaires du Septentrion, 2024).

Pierre Dufour

© Luc Delamain

Pierre Dufour

Pierre Dufour est architecte, diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville en 2010, architecte du patrimoine diplômé de l’École de Chaillot en 2015, maître de conférence associé à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand puis à Paris-Est, architecte en chef des Monuments Historiques depuis 2017 et co-fondateur du bureau d’architecture Antoine Dufour Architectes créé en 2016. Lauréats des AJAP en 2016 et Prix de la Première Œuvre en 2019, le bureau revendique une pratique ouverte et pluridisciplinaire, ayant pour objectif une réflexion critique sur les équilibres métropolitains, la régénération des milieux, le territoire public, les héritages et l’édifice comme objet culturel. L’atelier développe depuis sa création une pensée théorique et réflexive, (enseignement, publications, communications), interrogeant plusieurs thèmes de recherche : la maîtrise du temps et des durées, les processus de transformations, de déprise et de ruine, les climats, l’usage des ressources et des savoirs.

Synthèse

La restauration patrimoniale est affaire de maintien et de maintenance

Maintenance matérielle à l’épreuve de l’altération et du vieillissement de la matière, maintenance de l’objet qui maintient, l’étaiement, ou maintenance, plus immatérielle, des savoir-faire indispensables à l’entretien ou la réparation des édifices (“La transmission des savoirs est quelque chose d’assez hermétique, le savoir se transmet par le papier, par la parole, par les gestes. Dès qu’on rompt cette chaîne, on perd en connaissance et en maintenance à chaque fois”).

Dans le vocabulaire des monuments historiques, le terme n’est pourtant pas utilisé. La Charte de Venise fait de la permanence d’entretien une condition de la conservation, sans pour autant l’identifier comme un champ d’intervention à part entière. Avec la remobilisation d’un vocabulaire qui a trait à la réparation, à la remédiation, à la maintenance, à l’entretien, des déplacements sémantiques s’opèrent dans le champ de la restauration qui viennent enrichir la qualification des interventions et permettre d’en réinterroger les fondements.

Écologies matérielles

Les quatre récits d’architectes du patrimoine venus nourrir les réflexions du séminaire témoignent de la diversité des formes d’intervention et de la complexité de l’action : accompagner la lente altération de ruines castrales et maintenir leur mémoire par la pratique du dessin, démêler l’écheveau des étaiements d’un portail cistercien qui menace de s’effondrer, retrouver un usage en mesure de maintenir les vestiges d’un édifice abbatial, ou encore assurer le continuum de soin d’une cathédrale de 800 ans.

Expertise sans actions spectaculaires, cette forme de maintenance est à la fois une attitude qui vise à être en permanence au chevet d’un édifice et une manière architecturale d’intervenir pour envisager les conditions du maintien : les relevés au dessin ou l’expérimentation du chantier pour réparer une défaillance ou intervenir sur un étaiement mettent en lumière cette tension continue entre maîtrise et inquiétude qui nait de la confrontation à la (très longue) durée. On ne sait parfois plus bien ce qui maintient quand la végétation parasite finit par faire tenir la maçonnerie ou quand l’intervention consiste à venir soutenir l’étaiement.

Donner à voir la fragilité

Les monuments historiques, c’est parce qu’ils sont fragiles qu’on les protège”. L’inscription patrimoniale est consubstantielle à l’existence d’une fragilité, une manière de la reconnaître et de l’accepter comme en témoigne l’imaginaire poétique et romantique de la ruine. Le lexique médical est mobilisé pour décrire cet état (”pathologies inquiétantes, paralysantes”, “la cathédrale est sous contrôle, elle est sur le billard tous les jours”). Appelé au chevet de ces ouvrages, l’architecte du patrimoine révèle et représente les formes d’altération qui matérialisent cette fragilité : “On ne s’intéresse pas uniquement à ce qui est sous nos yeux, à travers le dessin il s’agit de comprendre les mouvements. Le relevé de l’état sanitaire se fait à la main. C’est se confronter vraiment au monument jusqu’à sa pathologie”. Le dessin est aussi bien un moyen de monstration des états d’altération qu’un geste attentionnel en tant que tel. En complément des instruments plus sophistiqués de diagnostic, le tracé à l’œil nu et à la main oblige à hiérarchiser à même le contact avec la matière, et à “faire avec” la logique d’altération du monument :

on sait qu’on n’a pas le pouvoir de stopper le temps, on sait que ces édifices sont des organismes vivants dont la fin et la dissolution sont programmées”.

Dépasser le paradoxe de la ruine

Entretenir la ruine, restaurer l’étai : entre lucidité et empêchement, le dialogue avec la fragilité qui s’instaure à travers ces interventions se lit comme une mise en abime de nos attachements pour ces objets bâtis, à moins qu’il n’ouvre sur une nouvelle forme de pratique qui participe activement et positivement au processus de dégradation et de vieillissement tel que l’envisage Caitlin DeSilvey (Curated Decay, Heritage Beyond Saving, 2017) :

”Ces bâtiments expriment une fragilité, mais on ne veut pas renoncer à les voir disparaître parce qu’on y est attaché. On y est attaché parce qu’ils expriment une forme de fragilité. Ils dialoguent avec nous, certainement avec des fragilités qui sont aussi les nôtres (…). On n’a pas envie de les voir se reconstruire dans leur état initial, on n’a pas non plus envie qu’elles retournent à l’état de nature”.

 

Pathologie des temps modernes

On produit du patrimoine avec la peur que les choses disparaissent”.

La patrimonialisation déplace les responsabilités, faisant de l’Etat (les DRAC) un gardien du temple qui fige en partie les modalités d’interventions. Un mouvement qui commence avec la Révolution française et qui s’analyse à la fois comme une crise de responsabilité et une crise d’usage. Une spirale infernale de la protection dont la trajectoire se heurte aujourd’hui à une impasse financière et matérielle. Paradoxalement, la protection semble jouer en partie contre la maintenance : “On a cru aussi qu’en protégeant, cela serait une solution alternative au fait d’entretenir”.

La conscience de la finitude des choses qui accompagne l’expérience des limites planétaires remet en débat cette quête de permanence et cette distribution des responsabilités. “Il y a un vrai paradoxe de notre situation moderne à avoir tant protégé, à ne plus être capable d’assumer d’intervenir sur tout ce qu’on a protégé et de ne pas savoir accepter la disparition, alors que dans le même temps, on dit qu’il ne faut plus construire et qu’il faut transformer”.

Un mouvement semble s’opérer dans la pratique des architectes du patrimoine. “Réparer c’est redonner une bonne fonctionnalité à un ouvrage défaillant”. Derrière cette notion de fonctionnalité, l’architecte assume d’interroger l’usage et l’utilité.

Formes collectives du soin

Le cas de l’Œuvre de Notre Dame à Strasbourg donne aussi à voir une forme d’organisation du travail à (très) long terme qui est porteuse de nombreux enseignements pour l’architecture patrimoniale, et plus largement pour la mise en œuvre de politiques de maintenance ambitieuses, articulées aux enjeux de conservation et de restauration. Chargée de l’entretien quotidien de la cathédrale depuis plus de 300 ans, l’institution, autonome sur le plan financier, rassemble dans une même structure les équivalents de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre et des entreprises elles-mêmes (des ateliers jusqu’aux carrières). Cette organisation collective et interprofessionnelle est pour beaucoup dans la possibilité de cultiver un continuum entre les interventions de maintenance (plus routinière), les grandes réparations (après catastrophes) et les opérations de restauration patrimoniale. Elle est essentielle également à la production continue de connaissances ainsi qu’à leur circulation. De même qu’à une autre échelle, le temps du chantier permet aux architectes du patrimoine de côtoyer des compagnons dont les savoirs et les compétences, y compris en termes de diagnostic, sont de précieux compléments aux études préalables. “Les chantiers sont des lieux d’apprentissage et d’expérimentation où on fait évoluer la connaissance des techniques”.

Le droit à la réparation

L’exception patrimoniale ouvre droit à la réparation et anoblit l’entretien, deux termes qui trouvent un cadre légal dans le code du patrimoine en faisant intervenir l’architecte. Dans le champ non patrimonial, cette dimension architecturale de la maintenance au sens large n’est pas formalisée, à l’exception de la mission de diagnostic dont les récits soulignent les formes d’expertises architecturales qu’il mobilise. “La question du réparable, du maintenable doit imprégner notre pratique architecturale” dès lors que ces préoccupations ne sont plus le domaine réservé du patrimoine et que la plupart des architectes pratiquent désormais la réhabilitation, la rénovation et la transformation.

Bibliographie

ALLER PLUS LOIN

Infos pratiques
10 octobre 2025

De

10:00

à

13:00

Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris