SCAU architecture

CSI Mines Paris

SÉMINAIRE

Séance #
1 (2/2)

Bâtir à l’épreuve du réel (2/2) : Maintenir et détenir

28 mars 2025

Bâtir à l’épreuve du réel (2/2) : Maintenir et détenir

28 mars 2025

Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.

Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?

“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.

François Gillard

© Luc Delamain

François Gillard

Architecte associé, SCAU

Véronique Schaffar

© Luc Delamain

Véronique Schaffar

Directrice de projets, SCAU

28 mars 2025

De

10:00

à

13:00
Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris
Modalités d'inscription

Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées

Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.

Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?

“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.

François Gillard

© Luc Delamain

François Gillard

Architecte associé, SCAU

Véronique Schaffar

© Luc Delamain

Véronique Schaffar

Directrice de projets, SCAU

Maintenir en prison

L’architecte amené à concevoir des établissements pénitentiaires, plus rarement à intervenir sur l’existant, est confronté à une forme d’impasse. Comment aller au-delà de la commande quand toute tentative d’amélioration du cadre se heurte à une réalité matérielle dès la mise en exploitation des sites ? Surpopulation, maintenance hyper-contrainte, renforcement des dispositifs sécuritaires, dégradations… un cycle intenable **bien connu des directeurs d’établissement confrontés au jour le jour à une même préoccupation : maintenir l’impossible, maintenir l’inhabitable, maintenir une forme de paix, fragile, instable et toujours précaire.

Pour « dépasser le spectacle de la prison », s’intéresser à la maintenance, explorer ce qui se joue dans la contingence, dans cette préoccupation de faire durer, au jour le jour, dans la trame matérielle des choses, est peut-être une des voies pour regarder autrement la prison, faire avec la fragilité intrinsèque de l’univers carcéral et porter notre attention à ce que l’inhabitabilité peut produire.

Restructurer un établissement pénitentiaire reste une exception complexe et incertaine. Maintenir un bâtiment en présence de détenus est d’une immense difficulté, du fait de la surpopulation et des règles de sécurité. Détenir et maintenir, la contradiction est intrinsèque à la nature même des lieux. Et pourtant, la maintenance n’est pas une option. Intervenir sur le clos et le couvert, remplacer des réseaux, réparer une panne sont autant de défis dans un environnement où les exigences sécuritaires restent la priorité cardinale et où la dégradation constitue parfois un mode d’appropriation.

A l’opposé du modèle de la maintenance déléguée qui s’applique aujourd’hui dans près d’un tiers des établissements et qui concerne un détenu sur deux, l’expérience des quartiers de confiance qui misent sur la responsabilisation et l’autonomisation des détenus ouvre une piste dans ce paysage brouillé. Le régime retenu au sein d’un quartier de confiance, comme celui du centre pénitentiaire de Lutterbach, consiste à établir un contrat entre le détenu et l’administration dans lequel il est notamment stipulé que l’entretien des lieux est assuré par la communauté des détenus. Emerge alors une forme d’attention individuelle et collective à la fragilité, à la dégradation, à la maintenance. Mais les quartiers de confiance, inspirés du modèle resté expérimental du centre de détention de Mauzac, la « prison Badinter » construite en 1986, relèvent de l’exception dans l’univers des établissements pénitentiaires. Ces problématiques exacerbées par la force des contraintes soulèvent pourtant un paradoxe, celui de l’exceptionnelle et singulière longévité des prisons. Comment expliquer cette aptitude à durer et faire durer en dépit d’une maintenance impossible ? Car non seulement les prisons durent – ce sont sans doute les rares ouvrages qu’on qualifie par leur âge (« Colmar, 230 années de service »), mais certaines ont même contribué à faire durer, autrement dit conserver, sauvegarder, des édifices patrimoniaux de premier ordre comme l’abbaye cistercienne de Clairvaux, construite au XIIe siècle, qui a accueilli ses derniers détenus jusqu’en 2023 ou celle de Fontevraud, jusqu’en 1985.

Entre enjeux sécuritaires poussés à leur extrême et une maintenance de plus en plus complexe, les établissements pénitentiaires, à l’image de leur public, concentrent les vulnérabilités face aux défis de la crise climatique. Quand l’inhabitabilité rejoint l’insoutenabilité, ce modèle paradoxal de durabilité, fondé sur sa grande force d’inertie et sa plasticité, atteint ses propres limites. Sortir de la logique qui perpétue ce modèle est à cet égard une gageure pour les architectes qui ont fait le choix de ne pas déserter ce champ programmatique. Pour éviter tout angélisme ou naïveté dans ce domaine, le détour par la maintenance permet de réinterroger l’intervention architecturale et d’en repenser la portée en prenant, autant que faire se peut, des distances avec les schémas imposés.

(Cette synthèse est en partie extraite d’un article paru en novembre 2025 dans la revue Plan L**** produite par la Maison de l’Architecture Occitanie-Pyrénées, à la suite de cette première séance du séminaire MAINTENIR)

Bibliographie

Aller plus loin

SÉANCE #1 (2/2)
Inhabitable
Plan Libre
SÉANCE #1 (2/2)
Film
En bataille, portait d’une directrice de prison
Eve Duchemin
SÉANCE #1 (2/2)
Littérature
L’Université de Rebibbia
Goliardia Sapienza
SÉANCE #1 (2/2)
Presse / Revues
Plongée dans l’enfer de la prison de Fresnes : « On est encore dans les années 1800 »
Olivier Faye
28 mars 2025

De

10:00

à

13:00
Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris
Introduction

Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.

Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?

“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.

Intervenant·es
François Gillard

© Luc Delamain

François Gillard

Architecte associé, SCAU

Véronique Schaffar

© Luc Delamain

Véronique Schaffar

Directrice de projets, SCAU

Infos pratiques
28 mars 2025

De

10:00

à

13:00
Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris
Modalités d'inscription

Inscription libre mais obligatoire
Les séances se déroulent uniquement en présentiel
Places limitées

Introduction

Pour cette première séance du séminaire Maintenir. Architecture et maintenance, ce qui nous tient, l’agence SCAU s’est prêtée à l’exercice du récit pour retracer, à travers quelques projets de l’agence, comment la maintenance peut éclairer, sous un nouvel angle, les enjeux de conception et les manières de faire.

Dans la représentation socio-technique des choses, la fragilité n’a pas lieu d’exister, la conception d’un ouvrage doit par essence être performante, robuste. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est révéler les fragilités matérielles et se rendre sensible à la vulnérabilité des ouvrages. Le Stade Océane, au Havre, pose le décor d’une mise à nu de la fragilité, et de ce qu’elle produit quand elle surgit. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui “fait” tenir ?

“La maintenance s’inquiète de cette partie du réel qui ne tient pas”. Cette partie du réel qui ne tient pas, c’est aussi ce qui caractérise, derrière sa grande force d’inertie et son étonnante durabilité, le milieu carcéral. Bâtir à l’épreuve du réel, c’est le défi des programmes pénitentiaires, confrontés à l’usure, à la destruction et à toute forme d’empêchement.

Intervenant·es
François Gillard

© Luc Delamain

François Gillard

Architecte associé, SCAU

Véronique Schaffar

© Luc Delamain

Véronique Schaffar

Directrice de projets, SCAU

Synthèse

Maintenir en prison

L’architecte amené à concevoir des établissements pénitentiaires, plus rarement à intervenir sur l’existant, est confronté à une forme d’impasse. Comment aller au-delà de la commande quand toute tentative d’amélioration du cadre se heurte à une réalité matérielle dès la mise en exploitation des sites ? Surpopulation, maintenance hyper-contrainte, renforcement des dispositifs sécuritaires, dégradations… un cycle intenable **bien connu des directeurs d’établissement confrontés au jour le jour à une même préoccupation : maintenir l’impossible, maintenir l’inhabitable, maintenir une forme de paix, fragile, instable et toujours précaire.

Pour « dépasser le spectacle de la prison », s’intéresser à la maintenance, explorer ce qui se joue dans la contingence, dans cette préoccupation de faire durer, au jour le jour, dans la trame matérielle des choses, est peut-être une des voies pour regarder autrement la prison, faire avec la fragilité intrinsèque de l’univers carcéral et porter notre attention à ce que l’inhabitabilité peut produire.

Restructurer un établissement pénitentiaire reste une exception complexe et incertaine. Maintenir un bâtiment en présence de détenus est d’une immense difficulté, du fait de la surpopulation et des règles de sécurité. Détenir et maintenir, la contradiction est intrinsèque à la nature même des lieux. Et pourtant, la maintenance n’est pas une option. Intervenir sur le clos et le couvert, remplacer des réseaux, réparer une panne sont autant de défis dans un environnement où les exigences sécuritaires restent la priorité cardinale et où la dégradation constitue parfois un mode d’appropriation.

A l’opposé du modèle de la maintenance déléguée qui s’applique aujourd’hui dans près d’un tiers des établissements et qui concerne un détenu sur deux, l’expérience des quartiers de confiance qui misent sur la responsabilisation et l’autonomisation des détenus ouvre une piste dans ce paysage brouillé. Le régime retenu au sein d’un quartier de confiance, comme celui du centre pénitentiaire de Lutterbach, consiste à établir un contrat entre le détenu et l’administration dans lequel il est notamment stipulé que l’entretien des lieux est assuré par la communauté des détenus. Emerge alors une forme d’attention individuelle et collective à la fragilité, à la dégradation, à la maintenance. Mais les quartiers de confiance, inspirés du modèle resté expérimental du centre de détention de Mauzac, la « prison Badinter » construite en 1986, relèvent de l’exception dans l’univers des établissements pénitentiaires. Ces problématiques exacerbées par la force des contraintes soulèvent pourtant un paradoxe, celui de l’exceptionnelle et singulière longévité des prisons. Comment expliquer cette aptitude à durer et faire durer en dépit d’une maintenance impossible ? Car non seulement les prisons durent – ce sont sans doute les rares ouvrages qu’on qualifie par leur âge (« Colmar, 230 années de service »), mais certaines ont même contribué à faire durer, autrement dit conserver, sauvegarder, des édifices patrimoniaux de premier ordre comme l’abbaye cistercienne de Clairvaux, construite au XIIe siècle, qui a accueilli ses derniers détenus jusqu’en 2023 ou celle de Fontevraud, jusqu’en 1985.

Entre enjeux sécuritaires poussés à leur extrême et une maintenance de plus en plus complexe, les établissements pénitentiaires, à l’image de leur public, concentrent les vulnérabilités face aux défis de la crise climatique. Quand l’inhabitabilité rejoint l’insoutenabilité, ce modèle paradoxal de durabilité, fondé sur sa grande force d’inertie et sa plasticité, atteint ses propres limites. Sortir de la logique qui perpétue ce modèle est à cet égard une gageure pour les architectes qui ont fait le choix de ne pas déserter ce champ programmatique. Pour éviter tout angélisme ou naïveté dans ce domaine, le détour par la maintenance permet de réinterroger l’intervention architecturale et d’en repenser la portée en prenant, autant que faire se peut, des distances avec les schémas imposés.

(Cette synthèse est en partie extraite d’un article paru en novembre 2025 dans la revue Plan L**** produite par la Maison de l’Architecture Occitanie-Pyrénées, à la suite de cette première séance du séminaire MAINTENIR)

Bibliographie

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28 mars 2025

De

10:00

à

13:00

Agence SCAU, 35 rue Tournefort, 75005 Paris